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Soyez les bienvenus dans les mondes de Sadra !

Que vous soyez un voyageur égaré ou un ami, soyez le bienvenu dans ce coin de la toile virtuelle que je me suis aménagé...

En ce lieu, je vais publier régulièrement mes récits provenant de Ganareth, monde du MMORPG Dark and light, auquel je ne joue pas, mais dont le "background" m'a envoûté...

Je souhaite aussi vous faire partager les histoires qui sortent directement de ma tête et qui, je l'espère, vous transporteront pour un moment "ailleurs"...

Et pour finir, à terme, j'entends vous présenter ici les textes en rapports aux mondes que je souhaite faire vivre, que ce soit sous forme de livres, de jeu... ou tout simplement de pixels, ici même...

Au fait, n'hésitez pas à me laisser vos impressions, afin que grâce à elles je puisse m'améliorer...

 

Bonne lecture et bon voyage

Sadra

Vendredi 13 octobre 2006

Provenance : Fabriquée grâce à cinq céréales puis aromatisée avec des fruits rouges qui proviennent des plaines du Royaume d’Ysatis.

Condition : Assemblage de diverses sortes de céréales dont les graines sont séparées, grillées et maltées pour être enfin fermentées et donner ainsi naissance à une sorte de bière très légère, goûteuse et savoureuse à laquelle on rajoute différents arômes de fruits rouges. Elle a la particularité de n’avoir aucune mousse.

Conservation : La Ale d’Api est conservée dans de petits fûts de bois allant de cinq à dix litres durant une Sezone avant d’être livrée à travers tout Ganareth. Une fois les contenants utilisés, ils sont renvoyés dans le Royaume des Prairies afin d’être réutilisés le Yano suivant.

Production : La production de la Ale d’Api est très difficile à être déterminée, car cela dépend principalement des récoltes et de la qualité de celles-ci. L’on sait que la meilleure des Yano avait vu la production de plus de cent cinquante milles litres, alors que la pire des année, seuls mille cent litres furent produits.

Garde : Se boit dans le Yano courant, car la Ale d’Api devient vite trop amère avec le temps. Une fois vide, les fûts seront dûment renvoyés dans les brasseries du Premier Royaume, sans quoi vous risquez de voir un lutin venir vous les réclamer.

Couleur : Très claire, légèrement rosée grâce aux arômes de fruits rouges.

Goût : Considérée comme une boisson festive douce, fruitée et subtilement sucrée, la Ale d’Api procure un rare plaisir gustatif. Sa légère teneur en alcool permet d’en boire une bonne quantité avant de commencer à ressentir une petite ivresse rendant joyeux et détendu.
Il est a noter que si la Ale d’Api ne reçut jamais la Coupe de Pierre du Grand Festiver de la Bière Naine, ce n’est que car elle a été déclarée hors-concours, étant trop légère et surtout dénuée de mousse. Mais en compensation et pour remercier les lutins de l’aide qu’ils fournirent durant la guerre, on lui délivra la « Coupe d’Honneur et d’Amitié Éternelle », pour sa qualité, sa saveur et le courage de tous les lutins.

Accords culinaires : Si elle peut accompagner parfaitement les plats les plus délicats, la Ale d’Api devient merveilleuse consommée au dessert, principalement avec les gâteaux et autres tartes.

Propriétés : Réduisant légèrement toutes les capacités liées au combat, la Ale d’Api, par contre, augmente notoirement l’esprit créatif, l’imagination, l’adresse des mains et la vitesse de travail des artisans. C’est donc logiquement qu’elle est devenue la boisson traditionnelle de la plupart des guildes de l’artisanat.

Historique : Habituellement peu versés dans la culture de la bière, les lutins commencèrent à s’y intéresser lorsqu’ils atteignirent le Royaume des Montagnes, où vivaient les nains, grâce aux galeries qu’ils creusèrent durant l’Âge Sombre. Ces deux peuples, qui n’avaient pas grand-chose en commun, apprirent avec le temps à s’apprécier et, surtout, à se compléter.
Combien de fois des lutins détournèrent l’attention de l’ennemi pour voir ensuite les nains lui fondre dessus… Combien de fois put-on voir des nains occuper leurs adversaires pendant que des lutins saccageaient leurs campements les laissant ensuite perdus dans les montagnes, en plein Winiver, sans subsistance ni équipements de rechange… Et combien de fois vit-on des nains protéger des lutin au péril de leur vie ou des lutins soigner des nains gravement blessés au risque de se faire eux-mêmes tuer… Bref, ces deux races pourtant antagonistes surent trouver comment s’entraider et s’allier pour combattre la Bête et ses légions.
Pour en revenir à la création de la bière Ale d’Api, il s’agit tout simplement de l’histoire du lutin Api, qui fût le premier apprenti brasseur du royaume des Montagnes à ne pas être un nain. Après des années passées où il apprit, puis travailla comme brasseur pour un Maître, celui-ci lui demanda son affranchissement, ce que lui accorda le vieux Maître nain. Api, une fois de retour chez les siens, n’eût de cesse de tenter de fabriquer la bière de ses rêves avec les produits de sa terre natale. Après de nombreux échecs, il atteignit enfin son but, grâce à un mélange subtil de cinq sortes de céréales et de l’ajout de fruits rouges. Ainsi naquit la Ale d’Api. Pourquoi ce nom de « Ale » ? Il ne le dit jamais à personne, bien que l’on soupçonne que cela ait été le nom d’une femelle lutin qu’il dût quitter quand on l’envoya dans le royaume des nains pour participer à la guerre contre les dragons et leurs troupes et creuser des tunnels. On dit qu’elle fût portée disparue suite à un raid juste avant qu’il ne revienne. Est-ce vrai ? Est-ce une légende ? Débattons-en donc en buvant une Ale d’Api…

 

Par Sadra - Publié dans : Breuvages de Ganareth
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Jeudi 12 octobre 2006

Type, caractéristique : Mammifère, cervidé – Les Actéons

Ovovivipare

Herbivore

Animal mythologique à six pattes de la taille d’un buffle, dont on dit qu’ils sont les Princes des Bois, ou les Protecteurs de Coccifera.

La légende voudrait que les Actéons soient le fruit d’un chasseur elfe, que l'Agréable Enfant transforma en cerf à six pattes muet car il aurait vu son sexe et à qui il jura protection, obéissance et silence pour avoir le droit de continué à l'observer, et de coccifera, dont il tomba éperduement amoureux quand il l'aperçut pour la première fois. On dit que les Nokt où brille l'Arbre de Lune, on peut le voir pleurer et prier Neutra et son Père pour qu'ils réveillent son amour, qui repose toujours au plus profond des bois de Broariàn.

 

Lieux de vie : Vit exclusivement dans les forêts.

 

Caractère : Les Actéons sont capables de comprendre tous les langages elfiques et sont doués d’une rare intelligence. D’allures et de comportements nobles, les Actéons ne se laissent guère approcher. Ils se considèrent, et se comportent, comme les protecteurs des bois et s’en prennent volontiers aux chasseurs qui abattent trop de bêtes. Il paraîtrait que des nobles auraient pus passés des marchés avec des Actéons pour chasser les braconniers de leurs forêts. On dit même que certains nobles de haut rang pourraient les monter.

 

Armes : Leurs deux bois, ou cornes, qui s’avèrent très dangereux quand ils chargent. De plus, leurs ses sabots arrières, qu’ils peuvent facilement utiliser grâce à la stabilité de leurs quatre autres pattes.

 

Atouts : Leurs pattes, justement, au nombre de six, qui leur permettent de slalomer très rapidement entre les arbres et d’avoir une stabilité et un équilibre hors du commun.
Leur connaissance et leur compréhension des techniques de chasse peur permettent d’éviter les chasseurs, et même de les surprendre régulièrement.

 

Handicaps : Leur curiosité et leur confiance en eux sont leur plus grand défaut. De plus, ils sont perdus dès qu’ils ne sont plus sous le couvert des arbres.

 

Sous-produits : Leur peau, qui une fois tannée permet de faire d’excellentes armures de cuir et leur viande est réputée bonne, mais la principale ressource que fournira un Actéon est ses bois, qui permettent la fabrication d’arcs solides et précis réputés sur tout Ganareth. Quelques alchimistes peu scrupuleux broient leurs sabots et s’en servent pour des potions qui contribueraient à séduire et à plaire aux autres, mais ce ne sont là que sornettes...

 

Vulnérable à : Ils sont vulnérables aux sorts en général, pour peu que les mages aient le temps de lancer leurs sorts avant que les Actéons ne les repèrent. Sinon, la plupart des armes les blessent, à condition de les toucher, ce qui est loin d’être facile.

 

Par Sadra - Publié dans : Créatures de Ganareth
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Mercredi 11 octobre 2006

Le Cultivateur de champignons


Etude des champignons

Le but est d'en étudier le plus possible afin d'utiliser leur capacité au maximum... On pourrait au choix tendre à en connaître le plus possible ou à se spécialiser dans une sorte (ou famille) de champignons...


Culture des champignons

Le principe est de les faire pousser et de leur faire acquérir des propriétés spéciales... Ils serviraient tant comme ingrédients culinaires que pour les poisons ou les maladies...


Charmeur de champignons (Variante 1)

Permet de donner des pouvoirs magiques aux champignons, en les mêlant aux endroits où se trouvent des cristaux. Ces champignons pourraient : devenir phosphorescents pour permettre d'éclairer, avoir un effet soignant, ou qui ôte le poison... Il peut aussi en faire des sortes de grenades, qui provoquerait divers effets (néfastes ou bénéfiques) autour de l'impact...


Charmeur de champignons (Variante 2)

Permet de se spécialiser dans les croisements genetiques, et saurait combiner plusieurs espèces pour en faire une nouvelle dotée de certaines capacites intéressantes (pouvoirs culinaires supérieurs, poisons plus efficaces, propriétés hallucinogènes ameliorées, effet lumineux, fabrication de "granades champigons", dont le contenu explose au contact de l'air, ou gèle tout sur place, ou éjecte des épines, ou répend des poisons, des maladies... A voir aussi pour les effets bénéfiques... etc...)





Les lutins, qui creusèrent les galeries, les nains, qui firent d'énormes mines et des cités souterraines, et les elfes-noirs, qui furent enfermés dans de sombre grotte : ces trois races ont des rapports avec le monde souterrain...

Mais comment survivre sous terre... J'ai donc pensé à la nécessité d'étudier, puis d'apprendre à cultiver et enfin à les muter et à imbiber de mana de cristaux de lune les champignons.

On peut imaginer une énorme quantité de sortes de champignons à travers les divers royaumes de Ganareth...

 

Par Sadra - Publié dans : Sur les sentiers de Ganareth
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Mardi 10 octobre 2006

Mon ami le Baron



Ce Prenokt là, même sans l'épaisse et dense couverture d'arbres et de plantes en tout genre qui recouvrent le Royaume de Neutra et des elfes, je n’aurais pu distinguer l’une des semi lune, celle qui est pâle, vagabonder dans le ciel de Ganareth. Je n'aurais pas non plus pu distinguer l’étrange œil, l’un des dix amas de débris nés de la Cassure, qui semble fixer Ganareth avec un air de mépris et de honte adressé à ces peuples incapables de se défendre contre les légions, les meutes et les hordes de nos ennemis. Non, car en ce Prenokt de Hotomn, d’épais nuages, qui semblaient vouloir rester là pour toujours, cachaient ces plaies du passé et laissaient une pluie froide et pénétrante tomber sur les forêts du Royaume de Neutra. Cachant les cieux, ils me rappelaient les ombres planant entre les adeptes des différentes magies et entravant notre lutte contre Dragoon. Pendant deux cent sept Yano, nous avons vaillamment résistés, mais depuis douze ans, déjà, le catastrophique conseil qui avait provoqué ce schisme au sein du peuple des elfes ne faisait qu’aggraver la situation, chacun étant engoncé dans ses opinions, ne s’occupant plus de nos ennemis communs les dragons, les trolls et les orcs, laissant la défense de nos forêts au mains de Coccifera et de ses plantes emplies de mana.

Mes cheveux sombres, pour une fois rattachés en arrière, étaient trempés, de même que ma vareuse neuve et les fleurs que je tenais à la main et qui commençaient à avoir tristes mines. Malgré ce temps exécrable, mon dodo chevauchait courageusement sur le large chemin tortueux afin d'éviter des arbres millénaires et où seules quelques rares racines pouvaient surprendre une monture distraite. Le petit poney qui, je l’espérait, plairait à mon filleul, nous collait au train, docile et paisible. C'étaient des animaux parfait pour apprendre aux enfants à chevaucher sans crainte et sans danger dans nos épaisses forêts.

Soudain, au détour du chemin, les bois s'arrêtaient net et laissaient la place à une énorme clairière, vaste terrain déboisé ayant servi à la construction de l’énorme bâtisse de pierre brute qui apparaissait en son centre. Certains elfes étaient presque aussi virulent contre l'utilisation de la pierre pour nos forts et traitaient de "nains" ceux qui le faisaient, mais un argument frappant les faisait taire; la pierre ne brûle pas. Loin d’être terminé, la construction promettait de devenir un vrai château, une forteresse imprenable capable de protéger les pauvres êtres se retrouvant sans toit et d’abriter les guerriers de passages. Mais pour l’instant, seul ce que l’on appelait le donjon émergeait du sol terreux et boueux. Mais je n’en éprouvais pas moins de la fierté pour ce fief et pour son Baron, qui n’était autre que mon maître, mon meilleur ami et le père de mon filleul.

Ce Prenokt là, donc, veille d’une mission que ma foi je me devais d’accepter, j’étais invité à sa table. Entrant dans la cour, un serviteur voulût prendre les montures en charge, mais je refusai que le poney ne s’en aille aux écuries avant que Estelion ne le vît. Ce qui ne tarda guère. Je le vis en effet sortir par grande porte, déboulant les marches de l’escalier deux par deux, suivi par sa gouvernante horrifiée qui lui criait de rentrer en lui courant après. Descendant de mon dodo, je saisis le garnement sur le dernier palier avant le sol souillé de boue et le soulevai en l’air sous le regard méprisant de la vieille femme.

- Parrain ! Enfin ! Je t’ai attendu tout le Djay ! Pourquoi t’es pas venu plus tôt ? Je veux te voir tous les jours !

Jetant un œil par-dessus mon épaule, il remarqua aussitôt le poney et se mit à se débattre, voulant aller vers lui.

- Qu’il est mignon ! Comment s’appelle-t-il ? Je peux le caresser, dis ?

Toujours en le portant, je l’approchai du petit animal, nez contre museau. Estelion lui passa les bras autour du cou, puis, quand il le lâcha, je l’assis sur le cheval miniature.

- Il est à toi, gamin. Et son nom sera celui que tu lui choisiras.

L’enfant n’en revenait pas. Il était tellement ébahis, certainement déjà en train de s'imaginer éviter les arbres au grand galop, qu’il ne pensa pas à me remercier, et j’étais tellement content de lui faire plaisir que je ne le lui demandai pas. C’est alors que sa mère, belle à maudire l’âme la plus chaste, apparût sur le pas de la grande porte.

- Je suis contente de voir que Dînsereg est pour un fois ponctuel. Bienvenue, chevalier, je serai heureuse de vous revoir une fois que mon fils sera à l’abri de la pluie, et son parrain sera sûrement mieux assis dans un confortable fauteuil avec un verre de vin à la main en compagnie de mon mari le Baron...

Le doux nom de vin me fît saliver d’avance tant étaient rares les occasions de goûter à de tels breuvage. Estelion sous le bras, je montai donc les marches conduisant à l’intérieur de la bâtisse. Arrivé devant l’épouse de mon meilleur ami, je déposai l’enfant et fît une révérence en lui tendant les fleurs.

- Ravi de vous rencontrer, Dame Eithel. C’est un honneur pour moi d’être invité en votre demeure, certes en chantier pour l'instant, mais qui promet de devenir somptueuse…

Elle prit les fleurs en jetant un étrange regard anxieux derrière elle. C’est alors que j’aperçus enfin le seigneur des lieux, mon ami Hîrlad, accoudé contre la porte, dans l’ombre de son épouse. Il s’avança dans la lumière venant de l’intérieur et sortant par la porte. Cela le grandissait et lui donnait un air menaçant. Il me parla d’une curieuse voix, sèche et froide comme les flammes des dragons bleus.

- Relève-toi, mon ami. Depuis quand t’aplatis-tu devant les dames en leur offrant des fleurs ?

Et il s’en retourna dans son antre, attendant que je le suive. Tout en me relevant, je regardai Eithel, si magnifique. Mais quand je rencontrai son regard, j’eus l’impression d’y lire une sorte de sourde détresse. Je dus m’attarder une peu trop longtemps à la dévisager, car quand elle s’en rendit compte, elle se détourna vivement et se mit à gronder la gouvernante, coupable d’avoir laissé sortir Estelion ainsi vêtu, tenant négligemment mon bouquet pratiquement détruit à la main.

Hîrlad m’attendait dans le vestibule. Il ordonna à un domestique de faire sécher mes affaires et de m’en prêter des siennes. Après avoir refusé poliment, je compris que les ordres du maître de maison étaient sans appel et je suivis donc le domestique. Une fois dans la chambre d’ami, je me dévêtis et enfilai prestement les vêtements préparés à mon attention. Me sentant mal à l’aise, je suivis néanmoins le domestique qui me conduisit dans un salon que l’on avait peine a imaginer quand on voyait le bâtiment de l’extérieur. Quantités de tentures donnaient de la chaleur à l’endroit, tandis que des tableaux et des étagères remplies de livres et de manuscrits embellissaient la pièce et que trois statues finissaient de l’ennoblir. Devant un magnifique âtre dans lequel brûlait deux grosses bûches se trouvaient deux fauteuils en bois de tek et rembourrés de velours pourpre. Dans l’un d’eux se tenait Hîrlad. D’un geste de la main, désinvolte, il me fit signe de m’asseoir. Sans attendre d’ordre, le domestique me servit un verre de vin sombre et épais, denrée rare s’il en était, et d’habitude réservée aux temples.

- Il vient de vignes du Sud… Eh oui, me crois-tu ? En ces temps troublés, il est encore des hommes, ou des gnomes paraît-il, capables de s’occuper de vignes et d’en faire du vin ! Et il est des fous pour l’acheter au prix qu’ils en demandent… Même les clergés n’ont plus les moyens de s’en approprier, alors profites-en, tu ne dois pas en avoir bu souvent, lors de tes campagnes… Santé, vieux frère... Que la confiance toujours entre nous règne.

Je ne comprenais pas le sens exact de ses mots. Nous étions frère de sang, nous connaissant depuis gamin. Nous avions fait toutes nos expériences ensemble, avions été dépucelés par la même humaine, avions tué notre premier adversaire lors de la même bataille… Bref, nos vies étaient liées depuis bien avant que Dragoon ne tente de conquérir les Forêts de Neutra, quand nous pensions encore que la Bête serait stoppé dans les terres glacées de la Déesse Aesir. Je répondis tout de même par une promesse de fidélité à son encontre, du plus profond de mon cœur et le regard qu’il me lança alors me fît froid dans le dos.

Ne croyait-il plus en mon amitié ? Ce vin partagé signifiait-il un nouveau pacte de sang ? Tandis que je m’interrogeais, le petit Estelion arriva dans la pièce et grimpa sur mes genoux en nous suppliant de lui raconter des « histoires de quand on était jeunes ». Son père, d’habitude mauvais conteur, se mit alors de bonne grâce à raconter une anecdote. Je suis sûr qu’il avait choisi, ce soir là, de raconter sciemment celle que je ne pourrais jamais oublier. Celle qui m’avait liée à lui pour et par ma vie. Celle qui avait fait de moi son homme lige… L’histoire du jour où il me sauva la vie au péril de la sienne. Tandis qu’il racontait ce sombre souvenir, où l’humiliation de m’être trouvé dans une si mauvaise situation n’était compensée que par le courage et la bravoure dont avait fait preuve Hîrlad, Eithel s’en vient se placer derrière le fauteuil de son mari. Elle connaissait pourtant ma mésaventure, mais, durant tout le long que Hîrlad parla, elle ne cessa de me dévisager, comme si elle l’entendait pour la première fois. Quand vint le moment le moment fatidique de l’histoire, celui où il me sauvait la vie et où je lui faisais ma promesse, Hîlad ne regardait plus son fils. Non. Il avait son regard planté dans le mien. Je maintins son regard un instant, mais, étrangement, ce fût Eithel qui arrêta notre petit jeu en s’avançant devant son époux, qui voulût l’attirer vers lui. Agilement, elle l’esquiva en lui faisant un sourire et nous pria de passer à table, sans quoi le repas serait froid. Ce que nous fîmes de bonnes grâces.

C’est avec plaisir que je dégustai du cuissot de grouik farci au pâté de zinzin accompagné de légumes bien cuits et de bière fraîche. Je pensai avec dépit aux repas crus habituels, pris à même le sol, toujours vite et sans plaisir et j’eus alors des remords. Je regrettai de ne pouvoir offrir aux hommes de mon escouade un tel repas, alors qu’ils en auraient mérités cent. Au moins ce soir, pour une fois, ils avaient pu trouver refuge dans une grange pas très éloignés du fort de Hîrlad, baron de ces forêts.

Le repas fût silencieux, en partie parce que Estelion mangeait avec les domestiques. Eithel ne décolla pas son regard de son assiette et Hîrlad ne cessait de cherche mon regard, me rendant mal à l’aise. Je ne comprenais pas ce qui passait ici. D’habitude, mes visites se passaient de la meilleure des manières et mon ami se montrait enjoué et heureux de me voir pendant que son épouse nous servait à boire en écoutant nos anecdotes et autres souvenirs un sourire au coin des lèvres. Quand nous eûmes terminés de manger, une servante vint débarrasser la table et nous servit des liqueurs de framboise. En s’excusant, Eithel nous quitta afin d’aller baigner Estelion, qui semble-t-il en faisait voir de toutes les couleurs à sa gouvernante. Je la remerciai pour l’excellente pitance avant qu’elle s’en aille. Une fois la dame des lieux sortit, quand nous fûmes, Hîrlad et moi, enfin seuls dans la pièce, je plantai enfin mon regard dans le sien, ce qui lui arracha un sourire. Je savais de quoi nous allions parler, et cela ne m’enchantait guère.

- Tes hommes sont-ils prêts ? As-tu bien compris les consignes ?

Jusqu’au dernier moment j’avais espéré que ce siège n’aurait pas lieux, mais la diplomatie avait visiblement échouée. Je soupirai et lui répétai d’un ton las les ordres que j’avais reçu voici trois Djay par une missive de sa main. Je devais, plutôt que d’aller tâter du dragon, une fois de plus aller chasser d’autres elfes de leurs forêts. De Ses Forêts. En effet, l’un des Seigneurs de sa baronnie a été reconnu coupable d’user de la magie interdite, celle qui détruit. Celle appelée « magie des elfes impurs ». Une fois de plus, j’aurais voulu le convaincre de peut-être utiliser ces gens plutôt que de les chasser. En première ligne, contre les orcs ou les trolls, ils pourraient faire des ravages… Mais non. Comme les membres du Conseil, il ne voulait pas entendre parler de cela. Et je devais m’y résigner et lui obéir, aussi, je ne dis rien. Mais à son regard et au sourire éclatant qu’il me lança, il savait qu’il venait de remporter une nouvelle victoire.

- Sais-tu qu’une fois que cette vieille forteresse de l'ancienne époque sera mienne, je possèderai les treize forts de ma baronnie ? J’y mettrai Aphadglîn comme Seigneur et il la reconstruira selon les nouveaux canons.

- C’est un incapable ! Il n’a aucune initiative et ne sait que commander à coups de bâtons… quand ce n’est pas le fouet ou le cachot !

Je regrettai aussitôt de m’être laissé emporter de la sorte et m’empressai de retourner la phrase à mon avantage, avant qu’Hîrlad n’ait le temps de répondre.

- Mais il t’obéira en aveugle et ne te causera aucun souci. Je préparerai le terrain pour lui… Il n’aura qu’à attendre tes ordres en se prélassant au sommet de la grande tour que ses serfs construiront… Pour autant que cette maudite pluie cesse un jour.

Mon ami acquiesça et m’infligea à nouveau son sourire de vainqueur. Toujours le même, éclatant, sûr de lui et si charismatique. Je l’aurais suivi dans le Lac aux Eaux Sombres, là où Gothar noya Freïa, s’il me l’avait demandé. Et il le savait.

A mon grand soulagement, quelqu’un frappa à la porte. Le visage fripé et ridé de la gouvernante de mon filleul apparût dans l’entrebâillement de la porte et annonça que le chenapan allait se coucher. Le baron acquiesça et sembla se perdre dans une pensée, mais la gouvernante insista et demanda si je pouvais monter border Estelion, car il me réclamait. D’un geste énervé, Hîrlad me fit signe que ce la ne le dérangeait pas. Je me levai donc et suivit la gouvernante jusqu’à la chambre du gamin, qui se trouvait à l’étage, à l’angle d0un couloir. Quand j’entrai dans la chambre, je vis Eithel au chevet de l’enfant, en train de lui murmurer quelque chose, probablement des mots que seule une mère aimante disait à son enfant. Quand elle me vit, elle s’éloigna du lit pour me laisser la place et se dirigea vers la porte. Je m’avançai vers Estelion.




- Alors, gamin, on refuse de dormir ?

- Mais… il est si tôt, et je ne t’ai presque pas vu !!!

- Allons, ne pleurniche pas… Ecoute, quand j’aurai fini le travail que m’a donné ton père, je t’emmènerai quelques jours, d’accord ? Dès que je reviens, nous passons du temps ensemble…

- Tu as déjà dit ça… Tu as déjà promis qu'un jour tu m'emmènerais là où il n'y a plus d'arbres...

- Je te le promets sur Coccifera, je t’emmènerai en voyage, d’accord ?

L’enfant fit semblant de réfléchir quelques instant, l’air mi boudeur, mi sérieux, attendrissant dans sa tentative d’imiter les adultes. Enfin, de lui-même, il se coucha et se couvrit.

- Tu vois, je sais faire tout seul… Quand on sera en voyage, je serai comme un grand.

Je me penchai vers lui et l’embrassai sur le front. C’est alors qu’il me murmura un merci pour le poney. Pas de doute, ce gosse savait me faire fondre. Je lui arrangeai encore sa couverture, bien qu’elle fût déjà parfaitement disposée, mais, je ne sais pourquoi, je tentai de perdre du temps. Enfin, après avoir souhaité de bons rêve à mon filleul, je sortis de la chambre et fermai la porte doucement.

C’est là que je me retrouvai face à elle, seul et désarmé. Elle me fixa sans un mot, me fixant de ses yeux noirs au fonds desquels je lisais des reflets qu’il me fallait ignorer et réprouver. Toujours sans un mot, elle mit ses mains sur mes épaules, ses doigts serrant ma chair le plus qu’elle le pouvait. Je restai de marbre. Puis, ses mains, toutes tremblantes, remontèrent mon cou et s’arrêtèrent sur mes joues. Elle se tenait sur la pointe des pieds, et moi j’étais droit, comme au garde à vous, pétrifié. Elle réussit cependant à me faire pencher en avant et, tendrement, elle appuya mon front contre le sien. Je n’oublierai jamais l’odeur de sa peau, de ses cheveux… Je ressentis plus que je n’entendis son murmure…

- Moi aussi, emmène-moi…

J’étais sous le choc. Moi, le combattant au sang froid, je me trouvais cette fois-ci dans un duel où nulle parade ne pouvait me sauver, où nulle esquive n’était possible et où une contre attaque serait fatale. Aux abois, je tentai de faire le vide dans mon esprit. Je ne pouvais trahir mon maître. Mais je ne pouvais, ne voulais pas non plus me dégager de cette étreinte. Mais le sort le fit à ma place, car soudain, vive comme la foudre de Hel, elle se dégagea prestement de moi et s’éloigna de deux pas, l’air affolée. Elle avait juste eu le temps le temps de me déposer un baiser sur la joue et de me laisser un murmure dans le creux de l’oreille qui pour moi ressemblait à un cri.

- Reviens vite… je ne tiens plus…

C’est alors que j’entendis un pas lourd monter les escaliers. Le regard d’Eithel retrouva sa teinte habituelle et c’est avec froideur qu’elle se mit à me parler.

- Oui, tu devrais venir plus souvent, cela fait si plaisir au petit… Par contre, ta promesse de le prendre en voyage risque d’être difficile à tenir… Je ne sais pas si Hîrlad sera d’accord, à moins que je ne l’accompagne…

Perdu dans ma perplexité, je n’avait saisit qu’à demi mot les mots d’Eithel. Par contre, je compris très bien ceux de mon ami le baron.

- Ou peut-être sera-ce moi qui les accompagnerai, ma douce et fidèle épouse !

C’était impossible, il ne pouvait nous avoir entendus, et encore moins vus… Mais le ton de sa phrase me glaça l’épine dorsale sur toute sa longueur. Je ne pus que m’aplatir d’avantage devant lui, baissant les yeux et parlant d’une voix rauque.

- Ce sera un plaisir que d’à nouveau voyager avec toi, Hîrlad… Mais j’ai d’abord un travail à accomplir pour mon Baron et ne saurai le faire attendre encore plus. Je vais donc disposer, avec votre permission…

Nous descendîmes tous les trois les escaliers en silence, Hîrlad fermant la marche, son regard de plomb posé sur ma nuque. Arrivé en bas, le domestique, sur un ordre d’Eithel, m’apporta mes vêtements dans un sac et m’aida à passer ma vareuse.

- Les habits, tu peux les garder… Je me suis un peu empatté et ils ne me vont plus. Eithel me reproche assez mon manque d’activité physique.

- Bonne excuse pour venir avec moi voyager un peu, Hîrlad.

Mais mon ami ne releva pas ma remarque et sortit sur le perron, attendant que j’ai finit de me préparer. Le domestique, après m’avoir dit au revoir et attendu que je lui glisse un goth dans la main, s’éclipsa, me laissant seul avec Eithel. Je lui tins les mains, comme je le faisais depuis toujours en nous disant au revoir et lui souhaitai qu’Ysatis veille sur elle, tandis qu’elle me promit de prier pour qu’Agnar soutienne mon bras au combat.

Enfin, je sortis. La pluie tombait toujours et Hîrlad la regardait avec une certaine fascination.

- Que ce ne puisse être le sang de ses traîtres impurs ! Dînsereg, promets-moi une chose : remporte une victoire éclatante, que personne ne puise remettre en doute ma parole ou mes actes… Non… Jure-le moi !

Et je le lui jurai. Puis, après lui avoir fait mes adieux, j’enfourchai mon dodo et me remit en route, sous la pluie. Mais à cette Hor-là, je savais que c’était la semi lune sombre qui planait au-dessus de nos pauvres têtes misérables. Et tandis que je m’éloignai, je sentis le regard du baron sur moi jusqu’à ce que les arbres, ses arbres, ne l'empêchent de me voir… Et même ensuite, je savais que ses pensées ne me quitteraient pas.

Longue et amer fût la route jusqu’à la grange où campaient mes hommes. Un chemin aussi boueux que mon âme et une pluie aussi amer que mon esprit. Je venais de commettre la pire des trahisons, et je ne savais que faire, à part remplir au mieux ma mission. Il voulait une éclatante victoire, il l’aurait. Mais un sentiment nouveau m’accompagnait. Comme une boule dans l’estomac, une volonté s’était insinuée en mon corps, me faisant découvrir la peur de perdre quelqu’un… Je me haïs pour cela…

Mon aide de camps, dès qu’il m’aperçut, courut vers moi. Avant même qu’il ait le temps de me saluer et de me demander comment s’était passée ma soirée, je levais le bras en lui intiment le silence.

- Levez le camp. Nous partons à Resol.

Il allait protester, mais mon regard l’en dissuada et, l’air surpris et désolé, il partit donner ses ordres. Quelques minutes plus tard, à l’intérieur de la grange, les chants et les rires cessèrent et les préparations du départ au combat commencèrent. Et moi, je les attendis, en selle, sous la pluie, en me demandant pourquoi Ethiel avait fait cela...

 

Par Sadra - Publié dans : Sur les sentiers de Ganareth
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Mardi 10 octobre 2006

L'ennemi du Baron



Bien que je les entendis chuchoter dans mon dos, je n’avais d’abord rien dit, mais au bout d’un moment, leurs questions et leurs remarques devenant lassantes, je jetai un œil à Henrusc, mon aide de camp. Aussitôt, celui-ci fît son travail, consistant à transmettre mes ordres, même les moins agréables.

- Silence, vous deux ! On dirait des adeptes de Zephyr se retrouvant après leur Grand Voyage !

- Si on ne peut même plus discuter, où vont les lunes…

Mon maître d’armes avait peut-être l’esprit aiguisé, mais je n’en souhaitait pas moins le silence, et mes hommes, connaissant mes réactions suite à ces Yano de campagnes contre les orcs et les trolls et ces centaines de Monad de résistances contre les dragons, avaient appris à réagir au moindre de mes signes. Et s’il en était au moins un qu’ils savaient percevoir sans que je n’ai à faire quoi que ce soit, c’était bien celui qui intimait le silence. Aussi Megil et Thalio, notre champion du combat, se turent enfin.

Conscient que parler leur faisait du bien, je n’en avais pas moins besoin de calme pour mes réflexions, car plus nous approchions du donjon de Hîrlad, plus je sentais mon estomac se nouer. Je ne cessais de penser à Eithel, à ce qu’elle avait fait, à ce que je devrais faire et à ce que je ferai effectivement en la revoyant. Je me dégoûtais et ma lâcheté eut fait paraître le plus faible et le plus craintif des hommes pour un héros.

Prenokt touchait à sa fin et le soleil s’approchait du Desol, laissant les rayons du soleil percer la voûte végétale qui nous recouvrait, nous éblouissant quelques peu. La route était encore longue, et mon esprit se mit à vagabonder tels les tiges d’un lierre partant à l’aveuglette à la conquête d’un coin de forêt. J’avais décidé de n’aller conter ma victoire au fief de la baronnie qu’avec trois de mes meilleurs camarades de combat, qui étaient donc mon aide de camp Henrusc, le maître d’armes Megil et le meilleur de mes guerriers, Thalion, et avais laissé ma troupe sous les ordres de mon fidèle lieutenant et ami Tâdcam, dans le fameux fort du Seigneur Tirith Barad, maintenant déchu et en fuite. En plus d’un estomac noueux, je ressentis à nouveau cette boule me remonter la gorge et me demandai une fois de plus comment me délier de ma servitude envers mon ami le baron Hîrlad. Combattre les légions de Dragoon, les hordes des orcs et les meutes des trolls était une chose que j’acceptais et que je provoquais, même. Mais devoir livrer combat contre d’autres elfes, sous prétextes qu’ils usaient d’une magie dite impure et qu’un conseil avait interdite, m’écoeurait et me révoltait. Et je n’osais rien dire. Je n’osais me révolter. Je n’osais rien à part m’effacer devant mon maître, ami s’il est, et m’incliner béatement devant le Conseil, certes composé d’elfes reconnus sages parmi les sages, mais à mon avis fourvoyé dans des considérations éthiques qui n’avaient pas leurs places dans les circonstances actuelles, qui n’étaient que massacres, terreurs et violences commis par les Grands Lézards et leurs esclaves. Il fallait se battre, résister et enfin prendre l’avantage, et ceci par n’importe quel moyen, sans quoi un jour les bois de Broariàn risquaient de n’être plus que cendres et les sept Arbres ne seraient plus les fondations du temple d’Harmonomrah, mais les piliers de l’antre d’un malfaisant Lézard. Les elfes périraient ou seraient réduits en esclavage et ce serait la fin de toute bonne chose pour nous en ce triste monde. Et la pensée de perdre un jour Eithel, alors même que je ne la possédais pas et ne la posséderais jamais, me déchira à nouveau le cœur. Aussi, pour tenter de penser à autre chose, je décidai de me remémorer les évènements de ces derniers jour afin de peaufiner le rapport que j’allais faire au baron. Je levai le bras et contemplai le Bâton de Commandement de Tirith Barad, faisant bien attention de le tenir à l’horizontale, sans quoi cela aurait signifié que j’avais des prétentions sur ce titre de propriété. D’un bois précieux et sculptée de fines ciselures, l’objet était en lui-même magnifique. Les actes qui m’avaient conduits à l’avoir en main afin de le transmettre à Hîrlad me revinrent très vite.

Le camp avait été prestement levé et les hommes furent prêt plus d’une Hor avant Resol. Nous nous étions aussitôt mis en route, bravant la pluie et le vent, qui comme pour nous ralentir, s’était levé et avait soufflé face à nous alors même que la troupe avançait avec peine, devant porter les lourds équipements de siège en plus de leur attirail de combat. Les plus mal lotis étaient sans doute les responsables des trois catapultes et des deux balistes, nouvelles armes récemment inventées et fort pratiques contre les dragons, mais peu maniable, d’un poids extrême et très lent, même avec l’aide des bœufs de traits en provenance du Royaume d’Ysatis, que nous avions eus tant de peine à nous procurer, et surtout à préserver des couteaux des bouchers de la compagnie. Je décidai donc d’assigner quelques hommes, moins fragiles et plus endurants, de l’infanterie à la section des servants, leur permettant de déposer leur charge dans les chariot de la logistique qui talonnaient les engins de sièges dans le cortège de ma compagnie en mouvement. J’avais également envoyer Megil et une vingtaine d’hallebardiers en tête de peloton afin de, Neutra me pardonne, déboiser l’espace nécessaire à ces nouvelles armes, qui ma foi prenaient une largeur conséquente.

Alors que nous approchions de la forteresse du Seigneur Tirith Barad, l’exécrable temps, à notre grande surprise, empira encore. Un terrible orage se mit à gronder en permanence, les éclairs illuminaient presque constamment le ciel tandis que la foudre tombait à chaque fois si près de nous que les hommes en devenaient nerveux. D’un regard, je cherchai les yeux de mes officiers et leur enjoignait, en silence, avec cette capacité à se comprendre sans même parler que seul des soldats aguerris pouvaient développer, de ne pas montrer la moindre once de crainte ou de quoi que ce fût qui y ressemblât. Je savais qu’entre eux, sans que la troupe ne le sache, le message remonterait la colonne et que les soldats, constatant le calme de officiers, ne s’affoleraient pas, ou du moins le cacheraient. Il fallait éviter quelques sentiments négatifs que ce fût, car partir au combat avec des arrières pensées ne conduisait à rien de bon. Et je me souviens m’être maudit à ce moment là, devant mon hypocrisie et ma suffisance. Mais comme le disait Suntzu le sage, le chef pense pour que la troupe n’ait qu’à agir, l’esprit en paix.

Et c’est donc l’esprit relativement en paix que la colonne arriva en bordure des bois. Mes éclaireurs m’apprirent que les terres alentours étaient désertes et que les gens du Seigneur Barad étaient retranchés dans son fort. C’était la pire erreur qu’il pouvait commettre, car se retrancher avec toutes ses ressources lui ôtaient tout espoir de diversion ou d’effet de surprise. Bien sûr, malgré la qualité de mes éclaireurs et la confiance que je plaçai en eux et même si j'avais les yeux braqués sur la tanière de mon ennemi, je ne cesserais jamais d’être sur mes gardes. J’observai la forteresse. En terrain dégagé, presque accoudée aux collines qui plus loin devenait les montagnes du Royaume d’Agnar, la forteresse était de la vieille école, toute de lourds troncs et de branches tressées, au demeurant solides, mais peu résistants aux flammes. Trois grande tour permettraient d’arroser des assaillants de traits meurtriers et les bases des murs d’enceintes étaient pourvues de plantes défensives redoutables. Cela ne serait pas facile, mais nous réussirions.

- Ils nous ont vus !!! Leurs archers montent sur les remparts !

Tout le monde rit de ce bleu qui avait cru nous apprendre quelque chose. Un vétéran, placé à côté de lui, lui signifia qu’ils savaient depuis longtemps que nous approchions, car ils avaient monté le drapeau bleu à croix rouge signifiant l’état de siège. Un seul regard me suffit pour que mon état-major dispose de mes ordres.

Ce fût d’abord à Tâdcam d’agir.

- Que toutes les troupes d’assaut se déploient ! Les lanciers et les hallebardiers, encerclez-moi ce fort ! Cavaliers, dans les bois en réserve ! Piquiers, en formation face au fort !

Puis Megil cria ses ordres de sa voix de stentor.

- Groupe d’archers un, en formation de couverture autour du camp ! Groupe d’archers deux et les tunneliers, en camouflage parmi les troupes d’assaut, et n’oubliez pas vos pelles et vos échelles, cette fois ! Groupe d’archers trois, en formation face au fort au côté des piquiers ! Et groupe d’archers quatre, en réserve dans les bois… Et pas un bruit !

Cela fait, il se dirigea vers les servants et leurs armes d’artillerie, comme il aimait les appeler, leur donnant les ordres de placements et, d’une manière que j’avoue être bien incapable, leur fit faire les ajustements nécessaires à la précision de ces armes de destruction malgré tout délicates. Je savais qu’en trois coups au maximum, les projectiles enflammés ou les cadavres pestilentiels, qui nous suivaient à une dizaines de lieues, seraient au but.

Et ce fût en fin au tour de Henrusc de donner ses ordres afin qu’un camp de siège soit monté et se dressent les tentes abritant les soldats au repos et surtout les cuisines qui permettaient, grâce à une nourriture bonne et abondante, d’avoir de l’énergie à revendre. Bien sûr, il n’était pas question de s’empiffrer et nos cuisiniers étaient au fait des meilleurs recettes, mélangeant habilement talent culinaire et connaissances alchimiques afin de tirer le meilleurs des hommes, souvent à leurs insu…

Nos jeteurs de sorts, discrets comme à leur habitude, n’avaient quant à eux nul besoin d’ordre pour se mettre en place et avaient certainement déjà dus commencer leurs incantations afin de rendre le terrain sûr, les armes précises pour les uns et des appositions des mains pour encourager et fortifier l’esprits de la troupe pour les autres. Tout se déroulait donc pour le mieux, si ce n’était cette météo qui commençait à porter sur le moral de tous. Certes, on ne va pas au combat le cœur joyeux, mais le moral avait une importance certaine et le beau temps y contribuait passablement.

Tout fût prêt en moins d’un demi Hor. J’étais fier de mon armée rapide, efficace et ainsi parfaitement déployée. Le moment de se rendre devant les portes de la forteresse afin de rendre compte officiellement de nos intentions approchait. Je confirmai à Târcam qu’il pouvait procéder selon le protocole. Il s’agissait après tout d’êtres de même race que nous, et pas de vulgaires dragons, de pouilleux orcs ou de stupides trolls, et ils avaient donc droit aux égards du à leur sang. Târcam s’avança donc en direction de la demeure fortifiée de Tirith Barad, escorté du bleu idiot et du vétéran moqueur, ce qui me fit sourire malgré la situation tragique du moment. Et pour finir de rendre sa solennité à ce moment crucial de la bataille, celui où tout pouvait se jouer sans carnage, un dernier et rugissant coup de foudre retentit, puis l’orage cessa tout à coup, ne nous laissant qu’avec la pluie et le vent.

Au loin, à mi-terrain entre la forteresse et les bois où nous étions réfugiés, deux petits groupent avaient palabré et gesticulé durant ce qu’il avait semblé être des Mor’Hor entiers, puis après une éternité, chacun s’en revint là d’où il était venu. Une épaisse neige se mit alors à tomber, recouvrant rapidement. Un murmure retentit parmi le troupe, vite réprimé par les officiers, mais laissant une sensation d’inquiétude que certains n’arriveraient pas à ignorer. Enfin ils comprenaient, enfin il se rendaient compte de ce qu’était cette magie de destruction, soi disant pernicieuse et mauvaise. Voilà ce que nous pourrions infliger aux dragons avant la bataille, et qui sait ce que nous réservaient des magiciens possédants de telles capacités. Voilà donc que la météo affligeante que nous subissions depuis des jours montrait son visage peu naturel…

L’instant où ne nous pourrions plus reculer approchait. Je n’avais pas eu besoin de voir le regard de mon second qui s’en revenait, ayant compris l’échec des pourparlers au premier flocon. Je levai le bras une fois. Il est des phases de batailles qui peuvent se résumer en un seul mot, et celle-là en est une. Ce mot est « tendre ». Les muscles des combattants se tendent, prêts à s’élancer, les cordes des arcs se tendent, prêtes à lâcher les flèches enflammées, les poulies des catapultes et des balistes se tendent, parées à semer mort et destruction dans les rangs adverses, les jeteurs de sorts tendaient leurs esprits vers les sources de magies qui nous éviterait de subir les pièges adverses… Tout se tendait. Même le temps, pourtant immuable, avait semblé se tendre. Et moi-même, je m’étais évertué à tendre mon âme vers Neutra, non pas pour la victoire, mais pour qu’elle évite l’inutile. Las cela faisait déjà des années que la Déesse de nos Forêts ne nous écoutait plus et je n’avais guère d’espoir et inéluctablement, la bataille allait commencer.

M’avançant de plusieurs mètres vers la forteresse, passant devant mes hommes, je ne pouvais me résoudre à leur crier mes encouragements, comme je l’aurais fait habituellement. Je ne parvenais pas à lever une deuxième fois le bras, ce qui aurait donné le signal d’attaque à mes officiers. Je n’arrivais pas à me résoudre à lancer mon armée sur d’autres elfes, fussent-ils considérés comme hérétiques. Au lieu de m’arrêter face à ma troupe, je continuai devant moi, en direction du fort. Je ne savais pourquoi, mais une impulsion me faisait continuer. Je fermai les yeux et vit Ethiel, si belle dans ses parures elfiques, danser devant moi. A quoi me servait la vie, si je devais non seulement une obéissance aveugle à un baron, mais aussi la torture de sa femme hors de portée. Je sus à ce moment là que j’étais, suite à son comportement envers moi, tombé fou amoureux d’elle.

Ce fût une flèche qui se planta à moins d’un mètre de moi qui me tira de ma torpeur. J’étais à plus de la moitié de la distance entre mes hommes et le fort. Mon dodo se cabra et se mit à paniquer. Je savais que si je tombais au sol, c’était toute une armée qui allait fondre sur ce fort. Et là, magie destructrice ou pas, c’en aurait été fini pour eux. Je sautai du dodo, réussissant de justesse un rétablissement, et me retrouvai debout, regard tourné face au fort. A l’intérieur, j’entendis un hurlement. Le cri devant ordonner ma mise à mort.

Mais je me trompai. Les portes s’ouvrirent et un cavalier sortit du fort et se mit à avancer vers moi. Je remarquai qu’il s’agissait de Tirith Barad, le Seigneur des lieux. Quand il arriva ma hauteur, il descendit de sa magnifique monture et me salua. Lui rendant son salut, il me coupa la parole.



- Par les neuf dieux et leurs entités, Dînsereg, es-tu devenu fou ! Qu’as-tu fait de ta froideur et de ta manière de calculer chaque bataille ? Serais-tu devenu un héros inconscient ? Toi qui te prétend prudent et avide de vivre vieux ?

Je le coupai à mon tour, improvisant à mesure, cherchant et trouvant les mots avec la célérité des vents de Zephyr multiplié par la vitesse de la foudre de Hel.

- M’as-tu vu avancer vers vous tel le fou dont l’esprit a déserté le corps ? Comprends-tu que votre fort face à la puissance de mon armée a encore moins de chance que moi seul face à vous. Comprends que vous allez mourir !

- Mourir, oui, mais savoir ce que nous savons et ne pouvoir l’utiliser pour le bien des elfes est pire que la mort. Regarder mourir notre peuple est pire que la mort. Subir les dragons, c’est encore mille fois pire que la mort ! Dînsereg ! Réveille-toi ! Est-ce que le combattant qui tua des dragons par dizaines, ne peut-il éviter ce massacre et réfléchir à une collaboration qui pourrait en tuer des centaines ?

Puis le Seigneur secoua la tête. Il savait qu’il ne me convaincrait pas. Il savait que je ne convaincrais pas le Conseil et il savait que je le savais. Et surtout, comme tous les nobles des environs, il me savait être l’homme lige du Baron Hîrlad. Ses yeux se révulsèrent lorsque je sortis mon épée à double tranchant, connue pour avoir effectivement tuée un dragon. Je ne sais pourquoi, mais il s’agenouilla et se mit à murmurer une prière. Mais à sa grande surprise, au lieu de lever l’arme au ciel et de l’abattre sur lui, je la lui tendis, pommeau face à lui, me blessant les doigts à la tenir ainsi.

- Tu es un combattant féroce aussi, Tirith. Et tu as de courageux elfes à tes côtés. Mais surtout, tu as la tâche de protéger ces femmes et ces enfants qui sont derrière toi. Pars, fuis, mon ami. Le Royaume des Nains est juste à côté. Rejoins-les. Ils n’ont que peu de capacités en magies et seront ravis de ton aide dans ce domaine. Je t’en conjure, ne me force pas à lâcher mes chiens sur toi et les tiens.

Le Seigneur se releva, saisissant ma lame si chère. Après m’avoir fixé un moment, il sortit quelque chose de ses vêtements et me le tendit à son tour, verticalement.

- En échange, prends ceci. Je te donne ma forteresse contre ta lame. Laisse-nous jusqu’à Desol, et tu en seras le maître.

Je vis son regard se troubler quand, d’un geste de la main, j’abaissai son Bâton de Commandement et m’en saisit. Toute sa vie venait de m’être confiée. Sans lui dire que ce serait cet incapable et vil Aphadglîn qui en prendrait possession, sans quoi il aurait refusé de partir, je lui promis que sa forteresse serait utile à la défense du Royaume et nous nous quittâmes sans mot dire, comme le veut la coutume qui prétend que deux êtres ne devant jamais se revoir ne doivent pas se dire adieu.

Mon retour vers mes hommes se fit sous les hourras de la victoire. Nous avions vaincu sans combattre. Point de mort, point de blessé, point de perte. Une victoire éclatante, sans tache, comme l’avait ordonné Hîrlad. Peut-être que, finalement, la grâce de Neutra planait encore sur cette partie de la forêt de Broariàn et peut-être que l’espoir de voir les elfes s’unir à nouveau en un unique et puissant peuple n’était pas vain… Peut-être.

A peine le Seigneur eût-il pénétré dans l'enceinte de la forteresse qu'il devait quitter que les nuages s'écartèrent, faisant cesser la pluie et le vent, et laissèrent poindre les rayons d'un soleil que je n'avais vu depuis au moins une Dekad. Ne remettant pas en doute la parole de Tirith barad, je ne levais pas le siège tout de suite. Tout au plus, je lui laissai un couloir afin que lui et les siens puissent s’en aller. A Desol précise, un cortège se mit en ,marche de la forteresse. Le Seigneur fermait la marche. Il apposa une dernière fois ses mains sur les fondations en lourd bois de son fort et, après m’avoir fait un signe, ordonna à ses gens de se mettre en route. Là, spontanément, et malgré la haine que les préjugés et la peur avaient engendrés chez mes hommes, ceux-ci se découvrirent et s’agenouillèrent au passage du convoi de ceux qu’on appellerait plus tard les « bannis ». Et durant toute la procession, aucun mot ne fût prononcé. Point de rire, point de sanglot. Les uns étaient au–dessus et les autres au-dessous de toute autre expression sentimentale que le respect et le soulagement.

Une voix de stentor me tira de ma rêverie et j’entendis Megil m’avertir que nous arrivions en vue du fort de Hîrlad. Mais là, la surprise eût raison de nous. Au lieu des drapeaux de la victoire, c’étaient ceux du deuil qui flottaient au-dessus de la demeure de mon maître. Une crampe me déchira soudain l’estomac. J’eus envie de vomir mais me retint.

Une escouade de garde s’approchait de nous. Thalion, un peu bêtement, leur fît alors remarquer l’erreur des drapeaux. Et là, le regard que lui portèrent les gardes finirent de me convaincre qu’un drame s’était joué en mon absence. L’un des garde vint se mettre face à moi. Je descendis de monture et le fixai, redoutant déjà ce qu’il allait me dire. Il semblait gêné et ne semblait pas trop savoir par quoi commencer.

- Sir Dînsereg, je dois vous annoncer que Dame Eithel est décédée… et…



Pris de vertige, un voile d’ombres devant les yeux, je parvins néanmoins à comprendre que son message n’était pas terminé.


- Parle !!! Allons, mécréant ! Parle !

- Et j’ai ordre de vous… de vous mettre aux arrêts… pour avoir laissé fuir des insurgés, pratiquants de la magie impure.

A son ton, je compris qu’il n’accomplissait pas cette mission de gaîté de cœur. Mes trois compagnons allaient sortir leurs armes mais je les en dissuadai.

- Non. Retournez vers les autre et attendez-moi. Ne faites RIEN !

Megil et Henrusc durent retenir Thalion, mais rien de fâcheux n’arriva. Les poings serrés, ils acquiescèrent et s’en retournèrent là d’où nous venions.

Regardant les gardes envoyés par mon ami, le cœur éclaté par l’annonce de la mort d’Eithel, je leur dit d’une voix rauque et cassée que je les suivais et me laissai mettre des chaîne au bras, totalement incrédule et anéanti…

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