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Sur les sentiers de Ganareth

Dimanche 18 juin 2006

A la rencontre de Natmagus, l'elfe-des-bois

Il fallait que je sache, même si je devais le regretter. Il fallait que je tente tout pour découvrir la vérité.
Abandonnant mes compagnons les Seigneurs Dark quelques temps, je partis vers le sud, dans la Forêts des Ombres où se cachent les elfes des bois et plus particulièrement Natmagus, le vieil érudit, tellement vieux qu’il a dû connaître Shakaar lui-même.

Comme d’habitude, alors que j’avançais, de plus en plus sûr d’avoir échappé au guetteurs des bois, je sentis la pointe d’une flèche sur ma nuque… “ Alors, Sadra Ame Sombre, à nouveau parmi nous ? Tu n’as pas supporté les températures du nord ? ”, et mes trois gardiens surgi des arbres de s’esclaffer. “ Sais-tu, cher Aydin, que tes oreilles tomberaient, brisées en milles morceaux, avant même que je ne sache qu’il fait froid ? ” maugréais-je. “ Déjà qu’elles touchent presque le sol ” se moqua Baflet, le deuxième des trois compagnons. Quelques embrassades plus tard nous partîmes vers leur camp, qui avait à nouveau changé d’emplacement.
- Est-ce votre manque de confiance en vos visiteurs qui vous poussent à changer d’endroits tous les trois mois? questionnais-je.
- Il est venu à nous un elfe noir peu recommandable, partit depuis peu à la rencontre de sa horde, alors nous nous protégeons… plaisanta Aydin.
- Des trolls se baladent dans la région et d’aill… commença Bandegan, celui qui n’avait encore pas dit un mot. Alors une volée de flèches s’abattit sur quatre trolls qui justement couraient sus à nous. J’accueillit le cinquième d’un aller-retour de ma lame gauche sur son cou.
- D’ailleurs, nous changerions quand même tous les trois ans d’endroit afin que les saisons puis les années recouvrent les blessures que nous infligeons à notre mère la terre, termina Bandegan alors que je tournais la tête à gauche et à droite à le recherche d’autres trolls.
- Ne t’inquiète pas, il n’étaient que cinq. C’est toi qu’ils suivaient depuis ton entrée dans nos bois. Sachant que nous arrivions, ils ont attaqué coûte que coûte…il ont faim, me dit encore Aydin.
D’un geste, Baflet écarta des branchages de son bras, et la cité provisoire des elfes des bois m’apparût. “ Tellement semblable et pourtant si différente de la dernière cité ” m’exclamais-je, “ magnifique… ”.
Seul ceux ayant vu une cité des bois peuvent comprendre ce que j’ai ressenti à ce moment là et bénissent Neutra de sa grâce.

Descendant un escalier avec la grâce d’un félin, la beauté faite elfes apparût devant moi en la personne d’Aglamant, la plus belle des elfes, si chère à mon coeur.
“ De retour parmi nous ou simplement de passage, Sadra Ame Sombre ? ” me demanda la belle Reine de la Forêt des Ombres.
- Bonjour, ma belle Reine, cela sera malheureusement un peu plus compliqué… Il faut que je rencontre Natmagus l’Ancien, j’ai certaines questions à lui poser.
- Natmagus ? mais tu sais comme moi qu’il peut disparaître des lunes entières sans donner signe de vie ! Autant combattre un dragon ! me dit-elle en haussant ses jolies épaules.
- C’est que cela concerne peut-être ma mère, c’est important pour moi…
- Ma Reine ! Je sais où il se cache ! cria un enfant elfe, j’appris plus tard qu’il s’appelait Dodiwain, accourant vers nous.
C’était la première fois que je voyais un enfant elfe et penser que son enfance ne durerait même pas le centième de sa vie, par rapport au sixième de la vie d’un homme me laissa perplexe un instant…
- …cavernes des Pierres Vertes, termina le petit elfe.
- Très bien… Sadra ? Sadra ! murmura Aglamant à mon oreille, voilà où il faut te rendre.
Quelle émotion de sentir Aglamant si près de moi, et je pense que cela se ressentit, car il y eût comme un malaise parmi les personnes présentes. Mais la Reine s’en tira comme d’habitude d’une pirouette dont elle a le secret et dit : “ Aydin, Bandegan et Dodiwain, accompagnez-le là-bas, et par la même occasion, dites à Natmagus de revenir parmi nous, il faut que je lui parle. Et soyez prudents…” ne   put-elle s’empêcher de préciser avant de disparaître derrière un voile cachant ses appartements.

C’est ainsi que nous partîmes, Aydin longues oreilles et Bandegan, les fiers Gardiens de la Forêts des Ombres, Dodiwain le jeune apprenti Rôdeur et moi, Ame Sombre comme ils m’appelaient là-bas, pour les cavernes des Pierres Vertes, lieu inconnu de ma personne jusque là, et que j’aurais souhaité ne jamais connaître, même pour ce que j’y ai appris.
Je compris en route que m’accompagner n’était pas la seule motivation de mes compagnons et quelques dizaines de trolls en firent de même. Que leurs camps sont faciles à trouver, qu’ils sont bêtes et méchants. Mais j’ai pitié d’eux, de leur vie de charognard et de la faiblesse de leur Ame fasse au néant qui les a emprisonnés…
Le voyage dura deux semaines. Mis à part les ronces, les chemins effacés à redécouvrir et les trolls, il n’arriva pas grand chose. Il ne nous restait qu’à mettre un pied devant l’autre et avancer.
Les cavernes des Pierres Vertes se trouvent dans les Monts du Dragon Figé, un des pics les plus élevé, ayant la forme d’un dragon prêt à s’envoler. Il est difficiles de les trouver car tous les petits vaux se ressemblent et le seul moyen, selon Aydin, de les trouver est de garder le Dragon figé toujours à sa gauche et, lorsque le soleil se couche, d’avoir la lune sombre devant soi. Ce fût Bandegan qui les trouva, bien cachées. Il ne restait plus qu’à trouver la bonne entrée parmi ces dédales de couloirs obscures et verdâtres. Nous décidâmes de camper là avant de nous aventurer dans ces labyrinthes, heureusement que nous avions emportés quantité de cordes elfique. Fines et solides, légères et longues, discrètes mais toujours visibles aux yeux d’un elfe, les meilleures cordes de Ganareth.

La nuit se passa tranquillement et quelle ne fût pas notre surprise, au matin, de découvrir un feu bien garni et du thé bouillant nous attendant. Nous nous regardâmes sans comprendre lorsque surgit de derrière un rocher un vieillard décrépi qui nous lança : “ pour des elfes, vous avez le sommeil bien lourd, gamins ! ”.
- Natmagus ! crièrent en chœur mes compagnons en courant vers lui.
- Mais que faites-vous là ? Aglamant s’inquiète-t-elle du sort d’un vieux fou tel que moi ?
- Elle requiert votre présence auprès d’elle, en effet, mais nous ne savons pas pourquoi, répondit Aydin, par contre Ame Sombre souhaite s’entretenir avec vous de sujets qui le préoccupe.
- Tu n’es que de passage, cette fois-ci, et tu cherches des réponses, Sadra ? Je craignais de voir arriver ce jour, car ce n’est pas seulement ton destin que tu vas influencer, mais aussi celui de beaucoup d'autres personnes… 
- Serait-il possible que vous deviniez l’avenir Sage Natmagus ? rétorquais-je, je suis à présent membre d’une guilde et ai des devoirs envers elle.
- Je connais Torwen, ton Seigneur, c’est un sage parmi les elfes noir, mais je doute qu’il vous conduise à la paix, surtout toi, Sadra. Ton cœur est amère et ta soif de vengeance au dessus de ta volonté.
- Par Neutra, je sais me maîtriser !, et c’est en finissant ma phrase que je compris… Natmagus n’eût pas besoin de répondre, le sang me montait d’autant plus qu’il avait raison.
- Sadra, reprit-il doucement, ne jure pas par Neutra lorsque tu prends position, c’est ridicule. Neutra est la déesse qui porte le mieux son nom, ne l’oublies jamais. Il va falloir que tu viennes avec moi, seul. Les autres, gardez l’entrée de cette caverne. Allons, suis-moi.
- Mais tu ne sais même pas ce que je veux te demander !
- Je le sais depuis que je t’ai vu la première fois que je t’ai rencontré, Ame Sombre.
Perplexe, je m’enfonçai dans la montagne à sa suite.

 

La douleur de la vérité

- Sais-tu pourquoi l’on appelle ces grottes les cavernes des Pierres Vertes, demanda l’elfe des bois à l’elfe noir.
- Des pierres vertes s’y trouvent, incrustés dans la roche…, répondit l’elfe noir en ricanant. Mais l’autre leva la main et continua : “ elles possèdent une particularité intéressante, celle de faire resurgir des choses oubliées de la mémoire, mais pas n’importe quelle mémoire. Je m’explique. Si tu me raconte une histoire ici, je l’oublierai avec le temps. Mais si je reviens dans 200 ans dans un certain état d’esprit, une sorte de transe que je provoquerai, alors cette histoire ressortira mot pour mot de mes lèvres comme jadis des tiennes, comprends-tu bien cela ? Ce n’est pas moi qui vais te raconter une histoire, mais bien la personne qui me l’a racontée autrefois qui la racontera à nouveau par ma bouche.
Mais avant cela il convient de mettre certaine chose au point.
- Tu veux être payé ! s’écria l’elfe noir, scandalisé.
- Ne sois pas idiot, je veux juste t’expliquer certaines choses avant de commencer. Comme par exemple comment se fait-il que je sois au courant de ta venue ici même, aujourd’hui et quelles questions tu veux me poser.
- J’aime mieux ça, répondit l’autre en s’asseyant. Je t’écoute.

Je suppose que tu as consulté certaines archives du Seigneur Torwen, que tu y a vu le nom de Brawyn et de Cymogorn et que tu sais que certains des tiens sont partis de leur côté à la sortie des  grottes ?
Souviens-toi d’abord que, si tu te souviens bien, tu n’est pas allé au nord par hasard lors de ton départ de la Forêt des Ombres, mais que c’était sur mon conseil.
Sache ensuite que lorsque je t’ai vu pour la première fois, je t’ai reconnu tout de suite, la ressemblance étant trop frappante, comme le fils de Branwyn, mais cela tu t’en doute depuis longtemps.
Sache pour finir que je sais tout de tes méfaits dans la maison de ton père, et que si tu est venu parmi nous c’est grâce à la berceuse que te chantais ta mère lorsque tu étais bébé, juste avant qu’elle ne meure…

Loin bébé, loin vers le nord,
Loin bébé, au pays des sorts

Dort bébé, dort dans les bois
Dort bébé, les elfes veillent sur toi

Etc…

L’elfe noir réprima un tremblement. Son regard se fit vide, les souvenirs affluaient en lui et il murmura : “tant de choses oubliées, jusqu’au visage de ma propre mère… ” et il se prit la tête entre les mains.
Natmagus laissa passer un moment puis continua : “ tout était fait pour que tu reviennes vers moi, pour qu’un jour tu sache l’histoire de ta mère et de sa quête, elle qui m’apprit des choses que j’ignorais moi-même. Je vais maintenant te conter l’aventure de Branwyn, l’elfe noire qui voulût tout voir et qui mourût pour son amour…”

L’elfe des bois s’agenouilla et joignit ses mains. Il commença à murmurer des mots d’une langue inconnue. La douce lumière des Pierres Vertes sembla alors attirée par le vieil elfe, convergeant vers lui et l’entourant d’un halo vert pâle. Une voix qui n’était pas la sienne sortit de sa gorge, mélange de sa propre voix et de la voix d’une personne à présent morte, celle de la mère de l’elfe noir, resurgie de la mémoire de sa petite enfance…

 

Le journal de Branwyn

Je me nomme Branwyn, fille de Cymogorn et de Branheris. Mes parents sont issus de l’Age Sombre des elfes noirs, nés au fin fond des cavernes Maudites. Ils ont grandi dans la seule idée qu’il fallait maintenant sortir de là, car tous sentaient alors en eux le puissant appel de Ganareth et de sa lune sombre… Mon enfance fût malgré tout heureuse, et je n’avais alors qu’un seul objectif en tête, rejoindre les rangs du Seigneur Torwen, celui qui nous sortirait de là, qui nous conduirait à la lumière. Je m’entraînai à l’arc, à la magie et révisai l’Histoire de Ganareth. C’est grâce au vieux Cadlon, chroniqueur de notre clan que je me pris de passion pour ces vielles histoires, et c’est aussi à cause de lui qu’un jour une partie d’entre nous partîmes vers l’ouest tandis que la majorité de nos autres compagnons suivirent Torwen vers le sud.

Lorsque nous sortîmes de grottes, ce fût comme une deuxième naissance, l’air frais sur le corps, la dureté du soleil sur nos yeux habitué à l’obscurité… D’ailleurs, tous nous préférâmes vivre la nuit que le jour par la suite. Longtemps nous profitâmes de ce nouvel état des choses. Mais un jour, la soif de découverte nous pris et des débats éclatèrent au sein du clan. Mon père, membre du conseil, voulait rester proche des grottes et y fonder une ville fortifiée, afin de nous défendre des haut-elfes. Torwen voulait aller vers le sud, reconquérir nos terres et surtout venger notre peuple des cruautés dont nous avions été les victimes, je l’aurais suivi si Cadlon ne m’avait éveillé l’esprit à des mystères et des légendes que je ne pouvais refuser de rechercher. Car le vieux chroniqueur, quelques chercheurs, des colons artisans et agriculteurs ainsi qu’un groupe de rôdeurs désiraient partir à l’ouest. Ils prétendaient que seule la découverte de la cité Pyros, ville de Calder et ancienne capitale des Dragoons pourraient nous donner les moyens de nous défendre et de nous venger.

Malgré les disputes et les débats houleux, les choses se passèrent mieux que pour nos ancêtres elfes lors de la Séparation. En effet, chacun fût libre de son choix, et c’est ainsi qu’une grande partie des notre restèrent dans cet endroit, proche de l’entrée des grottes maudites, pour y construire une ville dont je ne saurai jamais le nom. D’autres partirent à la suite de Torwen et s’appelèrent les Seigneurs Dark. D’eux j’entendis beaucoup parler, leurs exploits téméraires firent regretter à quelques uns des rôdeurs nous accompagnant leur choix d’aller vers l’ouest au lieu du sud.

Mon départ fût quelque peu chaotique, mes parents refusant de me laisser partir. Je me glissai donc hors de notre demeure au jour partant et filai dans la direction prise par les Migrants, car c’est ainsi qu’on appela ceux qui partirent à l’ouest. Je les suivis quelque jours sans me faire repérer des rôdeurs, ce dont je suis encore assez fière, car Cadlon m’aurait renvoyé chez mes parents s’il m’avait découverte.

C’est alors, par une lune blanche couchante, que je découvris par moi-même la nature des hauts-elfes et leur façon de traiter leurs “ problèmes ”. Alors que j’allai m’endormir, perchée sur un arbre, je vis passer une colonne de guerriers et de mages blancs en dessous de moi. Je pensai à une délégation venue accueillir mes compagnons, sotte que j’étais ! Je me mis à les suivre et alors, plus j’avançai, plus un grondement se faisait entendre. Lorsque je compris que c’était le bruit d’une bataille et que les miens se faisaient assaillir, je me sentis dans un état second. Je grimpai sur un arbre et me mis à la recherche du plus beau et du plus grand des hauts-elfes. L’ayant trouvé, je trempai calmement la pointe de ma flèche dans un poison volé à ma mère et visai. Ma respiration se calma malgré les cris de peur et de souffrance de mes compagnons. Ma flèche fila et se planta en plein cœur du haut-elfe, qui mourût sur le coup. Je changeai d’arbres, et chaque fois j’abattis un haut gradé ennemi. Les miens purent se regrouper et s’organiser, sous la conduite des rôdeur, et l’avantage changea de camp. Nous massacrâmes le reste de la troupe des ces perfides hauts-elfes.  

Je découvris ce jour-là deux choses : qu’il est impossible que les hauts-elfes et les elfes-noirs puissent cohabiter, ces années de séparation nous ont trop changés, et que le goût de la victoire est amer, nos larmes se mélangeant au sang de nos amis morts à cause de la haine et de la peur de l’autre et qui jamais ne reviendrons.

Cadlon n’eût d’autre choix que de m’accepter parmi eux. Ce fût peu après que notre troupe se sépara à nouveau, les colons voulant s’établir au long d’une rivière coulant dans une vallée belle et fertile. Nous les aidâmes quelques temps, puis reprîmes la route vers l’ouest.
Nous rencontrâmes alors les elfes des bois, qui nous accueillirent chaleureusement. Cadlon et leur sage Natmagus discutèrent des heures, des nuits, des lunes entières d’antiquité, d’histoire, de géographie… Je profitai de ce temps libre pour apprendre des techniques de furtivité que je ne connaissais pas, me perfectionnai à l’arc, me mis au dressage et au tatouage. Ce fût là aussi que je me pris d’affection pour les loups ; animaux effrayants lorsqu’on ne les connaît pas, ils peuvent devenir vos alliés les plus précieux si vous prenez le temps de les comprendre… 

Nous savions à peu près où se trouvait Pyros, mais jamais les elfes de bois ne s’aventuraient jamais sur le Huitième Royaume, celui de Calder, notre dieu, notre guide. La route fût longue, pénible mais nous surmontâmes nos découragements et nos douleurs, nous continuâmes en nous entre-aidant et, après des plaines de cendre froide et de volcans éteints, nous atteignîmes le cœur du Royaume de Calder, près du volcan géant. Nous nous retrouvâmes devant les sept portes de la cité de Pyros. Je ne puis dire la solution, mais sachez qu’il faut toujours suivre son instinct d’abord, puis ses connaissances. Dans ce cas là en tous cas.

L’intérieur de la cité était comme si ses occupants l’avaient quittés la veille. Cadlon était comme un gamin excité par un trop gros cadeau, il courait dans tous les sens. Nous passâmes des années magnifiques à Pyros, mais ma jeunesse me rejoua un des ses tours et l’envie me pris de continuer à voyager, de voir le monde, de contempler Al-Drifa, la cité marchande… Je partis donc contre les avis négatif de Cadlon, qui me voyait comme une disciple plus que comme une jeune elfe-noire avide de découvrir le vaste monde.

Ce fût après quelques temps passé à voyager de par le monde que je le rencontrai, celui qui vola mon cœur. Ce beau et noble chevalier qui me prit pour une elfe des bois, ce que je ne démentis jamais d’ailleurs, son clan étant light… Il m’apporta tout le bonheur que je pus supporter, mais aussi toutes les peines que je ne pus affronter. Il m’emmena avec lui dans le comté de son père, et nous nous aimâmes avec la force de la jeunesse. Les conseillés du père de mon beau et noble soupirant avaient tout de suite reconnu en moi une elfe-noire et le comte demanda à son fils de se débarrasser de moi. Malheureusement il se trouve que je portai un enfant. Mon Amour ne voulait pas me laisser partir, ou alors il quitterais son père et ses terres avec moi. Le comte décida de laisser reconnaître l’enfant par son père, mais ne pourrais laisser son fils épouser une elfe-noire. L’enfant, que nous appelâmes Sadra, naquit et ce fût le plus beau moment de ma vie. Il avait tout les traits qui font qu’un elfe-noir est ce qu’il est, et aucun trait typique des humains. Mon Amour était si fier de son fils…

Je ne peut m’empêcher de chanter la berceuse que je lui chantonnais :
 
Loin bébé, loin vers le nord,
Loin bébé, au pays des sorts,

Dort bébé, dort dans les bois,
Dort bébé, les elfes veillent sur toi,

Loin bébé, loin vers la mer,
Loin bébé, vers le grand Calder,

Viens bébé, viens à Pyros
Viens bébé, dans la belle cité…

Ce fût une époque heureuse. Mais le bonheur d’un elfe-noir fait le malheur des hauts-elfes. Ils montèrent un plan afin que je quitte le comté.
Dévoilant ma race d’origine à tout le peuple de mon Amour, il voulût d’abord tout quitter pour partir avec moi. Le pauvre. Il pensait à bien, mais n’aurait pu supporter de vivre loin de ses terres, je le sais. C’est pourquoi, une nuit, je tentai de fuir avec Sadra afin de retourner à Pyros. Malheureusement je fus surprise par ces maudits hauts-elfes. Il me dirent de quitter ces régions au plus vite, mais ils garderaient l’enfant avec eux comme garantie de mon non retour. Ils ne comprenaient pas qu’une mère ferait tout pour retrouver son enfant, même affronter la mort elle-même.
Je partis et vins reprendre des forces auprès des mes amis les elfes des bois. Je méditai sur la façon de procéder lorsque Natmagus vint me parler. Je devais lui laisser un témoignage de mon existence, ce qui me fis ressentir un mauvais pressentiment me concernant. Il voulait connaître mon parcours, et surtout que j’explique où se trouve Pyros, afin qu’il puisse aider plus tard d’autres voyageurs de ma race. Je ne sais pourquoi, mais j’acceptai.

- Et c’est ainsi que je me retrouve devant toi Natmagus, à conter une histoire à un vieil elfe des bois en transe… Il ne me reste plus qu’à expliquer où se trouve Pyros. Ensuite je m’en irai récupérer mon fils et retrouver les miens.

- La cité Pyros, capitale du huitième Royaume se trouve……………………

 

La douleur de la connaissance

Alors que Natmagus, toujours en transe, allait révéler l’endroit où se trouve la cité de Pyros, une flèche lui traversa la gorge. Sadra, tout de suite sur le qui-vive, se retourna pour voir Aydin, Bandegan et Dodiwain encocher leur flèches et le viser. En voyant leurs yeux, Sadra comprit tout de suite qu’ils étaient possédés. Tenter de les raisonner ne servirait à rien. Dégainant ses deux lames en se retournant, il les lança en direction de Aydin et Bandegan tout en tentant d’éviter les flèches qui lui arrivaient dessus. Deux têtes tombèrent au sol et une flèche se ficha dans son épaule gauche. Il chancela et mis un genou à terre. Sa tête lui tournait. Dodiwain vint vers lui, sa dague à la main, pour lui trancher la gorge. Le jeune elfe possédé dit : “ pauvre fou ! croyais-tu que nous laisserions votre peuple de dégénérés retrouver un pouvoir qu’il ne mérite et ne maîtrise pas ? Croyais-tu que Hel laisserait Calder prendre ne serait-ce que le plus petit avantage sur lui ? Pauvre fou… ”
Sadra, à moitié inconscient, sentit alors monter en lui une étrange chaleur, et une voix intérieur lui souffla les mots qu’il cria à Dodiwain : “ que la chaleur t’embrume et que le feu te consume ! ”. Le jeune elfe des bois s’arrêta net et pâlit, il brassa frénétiquement l’air de ses mains et tout à coup une flamme sembla exploser de l’intérieur de son corps.
Ne perdant pas de temps, Sadra se força à oublier sa douleur et alla récupérer ses lames afin de sortir et trouver l’âme maudite qui avait pris possession des ses amis. Il passa devant le corps carbonisé de Dodiwain et des corps sans têtes des Aydin et Bandegan. “ Mon dieu, quel massacre ! Qu’ai-je fait ? ” pensa-t-il, rempli de désespoir… “J’ai tué deux amis et un enfant elfe ”. 
Lorsqu’il sortit de la caverne il distingua, juste avant qu’elles ne disparaissent par magie, trois formes de haute taille, mais fine comme les elfes. L’une d’elles eût le temps de lui crier : “ Tu mourras pour ce que tu sais elfe noir ! “ Des hauts elfes ”, Sadra le sût tout de suite. Ainsi leur perfidie continuait à travers le temps, s’acharnant avec toute leur haine sur son peuple.
N’en pouvant plus, il s’écroula et tout se mit à tourner autour de lui. Une tempête des récits de sa mère et de ce qu’il venait de vivre l’emporta loin de son corps blessé, puis il sombra tout à coup dans le néant, ne sentant plus ni la douleur, ni la peine, ni le temps qui passe.
Il fût réveillé par Ryss, le loup blanc qui suivait jadis Sadra, lorsqu’il vivait dans la forêt des Ombres.
Ryss avait une particularité, sa salive ne faisait pas que désinfecté, mais elle avait un fort pouvoir curatif et Sadra retrouva donc toute la vivacité de son bras gauche très rapidement. Commença alors la pénible tâche de l’ensevelissement des ses compagnons, tués de sa main, et de Natmagus, tué à cause de lui.
Lorsque sa triste besogne fût terminée, il commença à adresser une prière à Neutra, mais il s’interrompit aussitôt. Il ne pouvait désormais plus prier Neutra, car il avait perdu toute neutralité dans ses actes. Il n’était maintenant mût que par la volonté de découvrir Pyros, cité des Morgans et le désir de vengeance, de massacre des hauts-elfes.
Une voix ferme et forte s’éleva dans les Monts du Dragon figé :

 

Calder,

Je te les confie, mes amis, mes compagnons,
Que ta chaleur les réconfortes et les protèges,
Que ton intelligence leur enseignes le pardon,
Que leur assassinat de mon cœur tu allèges.

Puissant Seigneur de mon peuple et de ses racines,
Acceptes-tu la venue de cette âme en peine,
Sur ces terres secrètes que ta grande sagesse domine,
Et que ton peuple enfin soit libre et brise ses chaînes.

Accordes-moi le feu sacré de ta puissance,
Montres-moi le chemin de ton intelligence,
Donnes-moi la volonté de vaincre mon impatience,
Et en ton nom j’accomplirai notre vengeance.

Le prix à payer

Je faisais à nouveau route vers la Forêt des Ombres, seul. Non, pas vraiment seul, Ryss courait à mes côté et je savais dorénavant que Calder gardait un œil sur moi, car c’était bien lui qui m’avait donné le pouvoir d’arrêter ce pauvre Dodiwain. Quelle puissance, quelle force ! Et quelle tristesse que cette aventure.
Retrouver Pyros, la cité des Morgans et faire payer leurs méfaits aux hauts-elfes, telle sont mes buts.

Mon arrivée dans la cité elfique fût des plus triste, quatre étaient partis, cinq devaient revenir et un seul fût de retour. De plus, la mort d’un enfant elfe est toujours un moment de tragédie affreuse, ouvrant des blessures qui jamais ne se referment.
Tous m’entourèrent, et la si belle et si douce Reine Aglamant me fit face. Je gardai les poings serrés lorsqu’elle me demanda où étaient mes compagnons. Je ne pût que répondre : “ tous morts ”.
- Oh Sadra ! je t’en prie, dis nous ce qu’il s’est passé ! me supplia-t-elle. Voyant que je ne pouvais répondre, elle usa de quelques pouvoir et soudain me dit : “  Sadra ! nomme-moi tes compagnons ! ”. Je ne pouvais parler, paralysé. Elle ordonna : “ nomme-les moi ! ”. Deux larmes se mirent à couler le long de mes joues, les seules dont j’ai le souvenir, et murmurai : “ je ne le puis, oh Reine ”. Le visage d’Aglamant se décomposa et tous comprirent alors l’affreuse vérité ; Sadra avait tué ses compagnons elfes, puisqu’un meurtrier ne peut citer le nom de ses victimes…

Je n’étais pas prisonnier, je n’allais pas être jugé comme l’entendent les humains, néanmoins, je passai la nuit dans une chambre d’où je ne pouvais m’enfuir et je serais sommé de m’expliquer devant le conseil des Sages, là où même la Reine ne pourrait rien faire pour moi.
Toute la nuit, des chants elfiques résonnèrent dans la forêt, devenue lieu de deuil, de tristesse et de douleur. Ces chants sont si mélancoliques, la peine en est exacerbé.
Je dormis très mal et ne cessai de revivre ces scènes de malheurs dans mon esprit en cherchant ce que j’aurais pût faire d’autre, à part mourir moi-même. Je ne trouvai rien. On peut mourir au combat, on peut tué des adversaires, mais contre la magie, les deux meilleurs amis peuvent s’affronter tel des bêtes enragées, sans sentiments…
 
Je parût devant le conseil des Sages, sept des elfes des bois les plus âgés et les plus respectés. Il me laissèrent raconter mon histoire, sans m’interrompre, jusqu’à son terme. Il se mirent ensuite en cercle autour de moi et tendirent les mains vers moi. Nous restâmes figés ainsi longtemps. Lorsqu’ils se rassirent, l’un d’eux me dit : “ Sadra, nous comprenons ce qui s’est passé, nous te pardonnons, même. Nul ne peut être puni pour avoir sauvé sa vie. Mais nous ne pouvons à présent contempler ton visage sans repenser à nos chers enfants disparus. Tu devras donc nous quitter et ne jamais revenir. Nous sommes désolés que tout se termine ainsi ”. 
Aglamant apparût devant moi, son masque de tristesse flétrissait sa beauté, mais elle restait la plus belle. “ Oh pourquoi toi ! par quel sordide destin es-tu poursuivi ? une fois déjà tu es parti, et maintenant ton départ définitif. N’aurais-tu pu vivre parmi nous, comme nous, avec moi ? ” et elle se mit à sangloter. Mon cœur était prêt d’éclater, ma douce Aglamant venait de me livrer ses sentiment, mais j’eus préféré qu’elle me haïsse, cela aurait été plus facile pour moi. Je voulût tendre la main vers elle, lui prendre sa main, mais je ne le pût. Je restai figé, sombre statue de regrets, de remords et de solitude.
- Sadra Ame Sombre n’est plus, dit-elle soudain, il est parti pour toujours avec ses compagnons des cavernes des Pierres Vertes. Sadra Ame Noire est arrivé, et déjà il doit partir, portant des cicatrices qu’il ne pourra guérir, qui resteront vives et douloureuse pour toujours. Rejoins Torwen et les siens et accomplis ta destinée de souffrance…
Et elle s’enfuit, me laissant là, immobile et seul. Je ne la reverrai jamais et cela mon cœur ne pouvait l’accepter.
Ryss m’accompagna jusqu’à la sortie de la Forêt des Ombres. Je le caressai une dernière fois en lui demandant de veiller sur Aglamant et partit sans jeter un regard en arrière.

Désormais, Sadra Ame Noire chevauchera seul.
Je réfléchissais aux choses que je devait accomplir et aux moyens à ma dispositions. Je m’arrêtai et grimpai sur une montagne. Assis là-haut, tout au sommet, je méditai, longtemps, répétant sans cesse :

Accordes-moi le feu sacré de ta puissance,
Montres-moi le chemin de ton intelligence,
Donnes-moi la volonté de vaincre mon impatience,
Et en ton nom j’accomplirai notre vengeance.

Alors je sentis le vent m’apporter des réponses. Je redescendis et continuai ma route. Plus j’avançais, plus la rumeur enflait, et plus je sus ce que je devais faire.
Les Seigneurs Dark commençaient l’offensive, et j’étais lié à eux, mon clan plus que ma guilde, mon arme pour vaincre ces satanés hauts-elfes. Mais avant il me fallait me défouler, vider la froide haine pour ne garder que la sourde colère en mon sein.
C’est alors que je vis ce petit village… J’y commis mon forfait et repartis vers le nord, vers les Seigneurs Dark, vers les miens.


   Sadra Ame Noire

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Gazette de Himgand, Aurdjay Enn'Mid'Calomer 9978

Tragédie à Himgand

C’est la nuit passé que l’impensable c’est produit dans notre petit village d’Himgand. Une tragédie jamais vécue auparavant. En effet, la nuit tombée, une bande d’assassins Dark sont entrés dans le village, sans être vus, à leur manière discrète et sombre. Profitant du sommeil de nos paisibles habitants, ils se sont faufilés dans les maisons de nos notables hauts-elfs et les ont tous assassinés, femmes et enfants compris. Il ne reste aucun survivant haut-elfe dans notre village d’Himgand, qu’ils avaient grandement contribué à construire.

La rédaction et tous le personnel du journal sont bouleversés par cette tragédie et prie les familles des défunts d’accepter toutes nos condoléances. 

Nous relevons que malgré les condoléances du Baron local, le Seigneur Mabonastan, qui s’est rendu sur place, la question de la sécurité n’était pas au menu des débats de l’assemblée de la baronnie.  

Une veillé aura lieux ce soir dans une chapelle qui se construit en ce moment au frais de notre Baron que nous remercions. L’office sera célébré par un prêtre de Hel.

Plus de détail en page 3.

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Gazette de Himgand, Holdjay Enn'Mid'Calomer 9978

Le Baron assassiné ! La chapelle ardente profanée !

Mais quel monstre a pris possession de notre bourgade, quel esprit malveillant nous en veux à ce point ! Hier soir, alors que les familles venaient de rentrer de la veillée, une explosion se fit entendre à la chapelle ardente, érigée pour les victimes du massacre de la veille. Alors que les premiers secours arrivaient sur place, certains ont pu voir, debout sur un rempart, une forme noire, bras levés.
Une seconde explosions eut lieu au milieu des flammes de la chapelle, totalement détruite, recouvrant les corps des défunts haut-elfes.
Ce n’était malheureusement pas tout, car à ce moment là, le prêtre de Hel, prit de panique tenta de s’enfuir. Arriva alors sur lui une lame tournoyante qui lui trancha la tête. Le corps du prêtre courut encore vingt mètres avant de s’effondrer. La forme disparût soudainement et personne ne la vît plus.

Alors que la situation semblait se calmer dans le village et que l’incendie était maîtrisé, le messager arriva et nous apprît alors l’embuscade dont a été victime le Baron Mabonastan qui, pour rappel, était aussi haut-elfe.
Cette embuscade lui a coûté la vie, à lui et à son escorte. 

Les obsèques auront lieu en présence du duc le 06 – 05 – 9978 au château de notre regretté Baron Mabonastan. Nous prions sa famille d’accepter nos condoléances les plus sincères.

Le sherif, responsable des enquêtes de ces crimes n’exclut pas la possibilité que tous aient été commis par le même groupe de brigands.

 

FIN

Par Sadra
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Lundi 19 juin 2006

D’habitude, à cette Hor là, elle sortait de la caverne et allait puiser de l’eau dans la rivière, faisant fuir le soleil, jaloux de sa beauté et de sa fraîcheur, derrière les montagnes. Las, ce Prenokt là, point de Ssussun, surnommée ainsi pour la lumière qu’elle apporte dans nos sombres grottes, grâce à ses dons dans la culture des champignons phosphorescents. Je ne la vis pas sortir, resplendissante, vêtue de sa simple tunique en soie blanche, ses membres graciles et foncés soutenant la lourde jarre qu’elle allait remplir pour que l’on puisse se laver et se préparer aux durs labeurs que sont le minage et l’excavation de la terre, bien que les leçons des nains et des lutins nous aient beaucoup apportés.

Au lieu de cela, un grand remue-ménage. Notre chef, un vieil elfe sombre appelé Zhuanth, vint à ma hauteur et me demanda si j’avais aperçu sa fille. Je répondis la vérité, qui étais que je n’avais vu personne, hormis le garde que j’avais relevé de ses fonctions au milieu du Djay. Furieux, il s’en retourna à l’intérieur de la grotte. Peu après, tous les mâles et les femelles aptes au combat sortirent et enfourchèrent leurs montures, allant des dodos aux chevaux, en passant par des Ranchos ou des ours apprivoisés. Ils disparurent ensuite dans un grand nuage de poussière. Je tentai de réfléchir à la disparition de Ssussun quand arriva vers moi un jeune enfant, Verin, fils du chef Zhanth et frère de la pauvre disparue.

- Alors, Phindar, tu restes ici pour veiller sur les enfants et les vieux ? Ils n’ont guère besoin de toi pour se défendre et, le cas échéant, ta présence en cas de raid ne changerait pas grand-chose… Et puis Og'elend est encore ici, puisqu’il était de garde cette nuit. Mon père l’a réveillé et lui a posé la même question qu’à toi, et il a juré Zephyr de n’avoir rien vu… Viens avec moi…

Je suivis donc le jeune enfant, docilement, espèce de monstre sur les pas d’un petit être qui promettait un grand avenir à son peuple. Nous réveillâmes donc Og’elend et sortirent, tous ensemble. Mon compagnon de garde était un humain de forte stature et relativement intelligent. Nous commençâmes à discuter de tout est de rien jusqu'à moment où, sans que je m’y attende, Verin demanda à l’humain pourquoi il n’avait pas dit au chef que, durant la longue journée, alors que tous ou presque dormaient, il était venu réveiller Ssussun et lui avait demandé de le suivre à l’extérieur, afin de lui faire part d’un « soucis ». Il l’avait mandé elle, car il se serait fait remettre à sa place s’il avait tenté de faire sortir un autre elfe sombre de sa grotte durant la ronde de Sol.

L’humain eût à peine le temps de blêmir. D’un geste vif, je le saisis et le maintins de force, lui immobilisant les bras et l’étranglant à moitié. Je me mis à hurler.

- Où est-elle, maudit humain ! Dis-le moi ! Où est-elle !!!

Mais l’humain souriait. Verin sortit alors de sous sa large robe de néophyte un lourde corde de métal, cadeau des nains, et m’enjoignit de l’attacher à l’arbre qu’il me désignait. Une fois fait, il me dit de surveiller le « prisonnier » et s’en alla, sifflotant. Je ne comprenais pas la technique du petit elfe. Même avec ses liens serrés comme je l’avais fait, jamais ce mécréant ne parlerait parce qu’il était simplement attaché à un arbre ! Mais quand je vis réapparaître mon petit Maître, je compris que sa détermination n’avait de limite que la vie de notre prisonnier. Dans ses maigres bras, qui ne porteraient ni ne manieraient jamais aucune arme, chancelait la jarre de sa sœur, pleine d’eau. Mais pas celle du puit.

- C’est ta dernière chance, maudit… Dis-moi où elle est !

- Mourez, sales elfes impurs ! Tant de Dekad à vos côtés m’ont souillé à jamais ! Que vos femelles périssent et votre race fourbe et méprisable avec elles !

J’allais le frapper, mais Verin retint mon bras. Laisse, me dit-il… Alors, il s’approcha de Og’elend et lui balança la moitié du contenu de la jarre à la face. Cela sentait.. le sel. Aussitôt, me revint en mémoire une certaine leçon de magie qui avait particulièrement plu à mon jeune maître. L’humain, trempé et ligoté avec le fil métallique, souriait toujours.

- Espérais-tu me noyer ? Sale petit morv…

Mais il ne termina pas sa phrase. Ses yeux se braquèrent sur la main grande ouverte, paume en l’air, de Verin. Il secoua la tête et commença à se débattre, faisant saigner ses flancs et ses poignets, là où la corde le serrait. Un murmure mélodieux mais inquiétant s'éleva doucement dans l'air frais de la Nokt naissante, provenant de la bouche du jeune elfe. Dans la main, une lueur bleue apparût et se mua en mini tempête qui sentait le souffre. Soudain, un rayon jaillit de sa main et frappa de plein fouet le traître, qui fût violement parcouru de spasmes, tandis que de l’écume coulait de sa bouche grande ouverte, criant un son qui ne pouvait franchir sa gorge, et qu’une odeur de poils grillés commençait à empuantir la douce atmosphère des montagnes.

La décharge cessa aussi abruptement qu'elle avait commencée. L'enfant elfe, un  sourire carnassier sur les lèvres, se baissa et reprit la jarre dans les mains, prêt à en jeter le reste du contenu sur l’humain, passablement mal en point. Og’elend, cherchant vainement à reprendre son souffle, parvint juste à faire un signe de tête pour demander à Verin de l’épargner.

- Dis-moi où elle est.

Alors, malgré la souffrance et les graves brûlures internes et externes de son corps, l’humain devint intarissable et nous fournit nombre de détail sur où, par qui et pourquoi était retenue Ssussun. Une fois son flot de parole tarie, il tenta un sourire, sûr que soit nous le laisserions filer une fois ses dires vérifiés, soit que je devrais le tuer sans douleur, une fois la fille du chef à nouveau libre. Mais il n’en fût rien. D’un geste preste et rageur, Verin lança la jarre contre Og’elend, qui se brisa sur lui, l’entaillant encore plus tandis que, sur son corps encore fumant quelques instant auparavant, s'écoulait l’eau salée. A nouveau, la lueur bleue apparût dans la main de l’elfe-noir. Cette fois, pendant que j’entendais l’air se craqueler et frémir au contact de la foudre et que l’humain hurlait, je fermai les yeux. La haine et la cruauté des champs de bataille ne me rebutaient pas, au contraire, c’était mon travail. Mais une séance de torture, je ne pouvais le supporter plus que de raison, et maintenant que nous avions ce que nous voulions, je ne concevais pas de voir mon jeune maître continuer… Mais je me tus, laissant faire celui qui un jour deviendrait le chef de ce clan d’elfe bannis à qui j'avais juré allégeance.

Quand la foudre et les hurlements cessèrent, j’ouvris les yeux. L’humain vivait toujours et Verin semblait épuisé, et furieux. De son regard de braise, il fixa le traître à moitié mort. D’un claquement de doigt, il forma alors un boule de feu qui fonça sur Og’elend. Aussitôt, l’arbre et le corps du traître s’embrasèrent. Le jeune elfe partit sans même se retourner une seule fois. Moi, le demi-orc que ceux du peuple sombre appelaient Phindar, je restai là jusqu’à ce qu’il ne reste qu’un tas de cendres de ce cauchemar, me posant moult questions sans réponse sur la nécessité d’avoir fait cela, ébahi et étonné de la cruauté gratuite dont mon maître si instruits et sage avait fait preuve...

De retour aux grottes, j’arrivai juste à temps pour voir repartir, pour la seconde fois de la Nokt, nos plus valeureux guerriers. Derrière le chef Zhuanth, sur un jeune dragon apprivoisé, suivait fièrement un elfe-noir qui maîtrisait les éléments et savait les utiliser à son service. Son sourire me fît froid dans le dos…

 


Un nouveau soleil s’en va derrière les montagnes, et ce matin, je la vois à nouveau sortir de la grotte où sa famille passe le Djay. Hormis une nouvelle jarre, tout semble comme si la Nokt passé n’avait jamais eue lieu, mais parfois, au coin d’un feu, on raconte comment Verin retrouva les traces des ravisseurs de sa soeur et où se cachaient les perfides qui avaient ourdis ce plan, dont le but était de tuer toutes les femelles à la peau sombre, afin d'annihiler cette race naissante, évolution forcée des elfes, et comment il la libéra… Mais de comment il avait su où elle se trouvait et comment il avait deviné combien de gardes la veillaient, nul ne le sût jamais vraiment. Et tant que cela durera, mon maître pourra avoir confiance en moi, seul témoin de cette scène qui lui permit de retrouver sa sœur et qui m’apprit à le connaître lui…

FIN

Par Sadra
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Mardi 20 juin 2006

(Carnet de voyage retrouvé, traduit, complété et édité par Kyorl Del Zhaunil, rare érudit Nov’orc)


Hurdjay Ter’Nar’Hotomn, Yano 7007

Ils m’ont dit que j’étais fou, que je n’y arriverais jamais, que je devais passer Winiver au camp avant de tenter de rejoindre les Autorités de l’Alliance afin de leur annoncer la fin de la construction de la Fontaine la plus au Nord de toutes les terres de Ganareth, celle portant le nom barbare DA167, le « D » signifiant cristaux Dark, ceux qui sont sombres, et le « A » pour l’ancien Royaume d’Agnar, maintenant occupé par les Dragons et leurs esclaves.

Faisant fi des conseils dignes de ceux qui se protègent au lieu de se battre, comme ils le font au Sud, que mes collègues trop peureux essayèrent de me faire avaler, je suis parti avec mes propres réserves d’eau, de nourriture et de vêtements chauds, car je devrais franchir les Hauts-Monts, où des vents terribles, directement venus du cœur du Royaume des Déserts et amplifiés par les mélanges entre air froid et air chaud, soufflaient en permanence. Je n’ai bien sûr pas oublié ma bourse, qui me sera peut-être d’une utilité salvatrice.

Mon premier Djay de voyage s’est pourtant très bien passé et j’ai rejoint le point de halte que j’avais prévu. Après une bonne Nokt, dès Vor’Marn, je reprendrai ma route.

DjayGot Ter’Nar’Hotomn, Yano 7007

Curdjay et Aoldjay se sont passés tout aussi bien que mon premier Djay de voyage. J’ai même pris un peu d’avance. Le vent n’est pas si terrible, peut-être attend-il de se déchaîner, et le temps est idéal.

J’ai enfin rencontré un compagnon de voyage. A peine Midsol passé, juste après la pause du milieu du Djay, il m’a surpris au détour du chemin. Aussitôt, je lui ai montré le contenu de ma bourse et lui en ai donné un peu, en lui en promettant beaucoup plus si j’arrivais à destination. Bien sûr, il a accepté. Le voyage sera plus rapide et plus sûr, et j’arriverai à temps pour annoncer la bonne nouvelle à nos dirigeants. Ah, si mon compagnon savait ce pourquoi je voyageais, je serais déjà mort. Ce qui me fais penser à veiller à ne pas parler dans mon sommeil.

Avant de nous coucher pour la Nokt, je lui ai redonné un peu du contenu de ma bourse. 

Zurdjay Katt’Nar’Hotomn, Yano 7007

Je lui ai déjà donné la moitié de ce que j’avais mis dans ma bourse. Il en demande plus, mais sait que je n’en ai plus beaucoup, et bien que ces deux derniers Djay se soient bien passés, j’ai tendance à ne pas lui tourner le dos, car je sens alors son regard froid, cupide et calculateur sur ma nuque.

Malgré tout, nous avançons à grand rythme et, hormis au réveil, juste avant Resol et au couché, à Mid’Prenokt, nous n’avons guère le temps de penser à ma bourse, tant il devient dur de progresser dans le vent et la neige, qui à cette altitude commencent déjà à imposer la rudesse et la rigueur de la Sezone de Winiver.

Molday Katt’Nar’Hotomn, Yano 7007

Son regard me donne encore des frissons en cet instant, et pourtant, cela s’est passé ce Marn, avant de partir. Je n’ai pu lui donner la même quantité que d’habitude, les réserves de ma bourse diminuant considérablement. Après des palabres et un grognement, il a accepté de continuer à me guider, mais à condition qu’à destination sa récompense soit à la hauteur. S’il savait…

Le pire est que nous touchons au but. Cette Nokt, je crains de m’endormir.

Hurdjay Katt’Nar’Hotomn, Yano 7007

Une Dekad que je suis partis. Cette fois, même mes réserves de nourriture sont à un niveau inquiétant. Mon compagnon de voyage vient de me menacer. Pour l’Hor, il est parti chasser, mais avec toute cette neige et ce vent, aucun animal ne sortira de sa cachette. Il est furieux, et il le peut bien. Il ne me reste presque plus rien à lui donner…

Pourtant, il faut bien tenir, puisque d’après mes calculs, il ne nous reste que quatre Djay de route avant d’atteindre le camp retranché de la frontière du Royaume des Prairies, d’où l’on me conduira dans ces étranges galeries où la simple idée de se perdre vous fait paniquer. Malgré la fatigue, l’épuisement et le manque de sommeil de la Nokt passée, je ne pense pas dormir cette nuit.

Curdjay Katt’Nar’Hotomn, Yano 7007

En temps normal, comme au début de notre périple, je lui en aurait donné à peu près cinq fois plus que ce Marn. Une sourde colère grondait en lui. Il m’arracha des mains ce que je lui tendais en crachant par terre rageusement. J’ai eu peur de lui, et il croit que j’essaye de le léser de ce qu’il croit être sa juste récompense. J’ai tellement faim moi-même… Et tellement sommeil. Mais il me faut tenir.

Aoldjay Katt’Nar’Hotomn, Yano 7007

Je lui ai donné tout ce qu’il me restait ce Marn, avant l’étape du jour. Tout le long du chemin, ce Djay, je l’ai senti m’épier. Il a autant faim que moi, et tout ce qui le retenait de me tuer ne sont pour lui plus que des fabulations et des promesses en l’air que je lui ai faite pour profiter de lui et de ses capacités à parcourir de grandes distance d’une traite. J’ai beau lui dire que je pourrai encore lui en donner à notre arrivée, rien n’y fait.

Le feu crépite et mes yeux tombent. Je n’arrive plus à écrire. Mes mains tremblent, ma vue se trouble et ma tête tourne. Je le sens, là, pas loin, patient, attendant son Hor. Je le sais, maintenant, que dès que je serai endormi, ses griffes se refermeront sur ma gorge et ses crocs sur mon flanc. Maudit dragon, maudite bourse trop petite et maudite herbe-à-Dragon trop chère…

Protégez ma famille… Et dites-leur... Dites à l’Alliance que DA167 est terminée…

FIN

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Publié dans Contes et Légendes.

Par Sadra
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Mercredi 21 juin 2006

(par Kyorl del Zhaunil)

Entre les Immortels, les Fontaines et les tunnels...

Durant les Yano sept milles, grâce aux Arts des Immortels, aux réseaux de fontaines de mana et aux innombrables souterrains creusés par les lutins, qui serpentaient à travers tout le sol de Ganareth, l’Alliance des races libres commença enfin à prendre le dessus sur les légions de Dragoon. Des terres étaient reconquises, des esclaves étaient libérés et tous croyaient dorénavant en une possible victoire. Bref, l’espoir était revenu, après avoir longtemps quitté le cœur des habitants de Ganareth, qui pendant des millénaires ne s’étaient battus que pour leur survie…

Au début des Yano huit milles, l’étau sur les dragons se resserrait et tous pensaient la victoire proche. Si proche que certains commencèrent à prendre des risques inconsidérés afin d’accélérer la fin du conflit et surtout afin de démontrer la toute puissance des nouvelles forces en présence. En effet, adeptes des cristaux Light et partisans des cristaux Dark, bien que discrètement et sans effusion de sang pour l’Hor, se livraient déjà un combat sans merci pour la domination de leur alignement, qui présageait le pire une fois la Grande Guerre contre les dragons terminée.

L’avantage des races libres reposait donc sur trois bases qu’il fallait à tout prix préserver. Si les Immortels, leurs Apôtres et les élus qu’ils éduquaient formaient le principal des troupes et qu’ils pouvaient en général se défendre seuls, il n’en allait pas de même du réseau de Fontaines de Mana, qu’il fallait sans cesse alimenter en cristaux afin que les reptiles ne puissent trop s’en approcher et les détruire, tout en tenant compte de cette malsaine rivalité entre ceux qui fournissaient les cristaux clairs au sud et ceux qui apportaient les cristaux sombres du nord. Il y avait aussi les souterrains des enfants d’Ysatis, dont les cartes et les entrées étaient tenues secrètes depuis de longs Yano.

L'art de surprendre...

Si ces cavernes, creusées durant des milliers de Yano, avaient servi de refuges aux membres de l’Alliance et ensuite permis de déplacer des populations entières de leur Royaume en feu et en ruines afin de les épargner, leur utilité en cette période de reconquête était principalement de permettre aux Armées Libres de se faufiler derrière les lignes ennemies, de couper leurs routes de ravitaillement et de leur fondre dessus par là où ils ne s’y attendaient pas. Nombre de batailles furent ainsi facilement remportées, limitant nos pertes alors qu’aucun dragon, orc ou troll ne survivait à ces assauts.

Le plus souvent, les entrées de ces galeries étaient cachées par de petites maisonnettes, des fourrés ou des imitations de roches en bois qui coulissaient. La taille d’un tunnel pouvait varier du simple conduit où seuls les lutins parvenaient à se faufiler à de gigantesques couloirs où jusqu’à huit demis-trolls en armures complètes pouvaient déambuler de front. Si de nombreuses cavités avaient été taillées dans les sous-sols de tous les Royaumes, afin que de petits groupes de combats puissent se reposer, se cacher ou patienter, d’autres salles existaient, où des armées entières stationnaient, attendant de mener des assauts ou se remettant de rudes batailles.

Les Lieutenants de Dragoon et leurs sbires ne savaient plus où donner de la tête et les attaques des peuples libres étaient si imprévisibles qu’ils commencèrent à abandonner du terrain afin de se rassembler en des poches de résistance imprenables. Si par le passé, au plus fort de l’occupation, il était fréquent de voir des dragons se pavaner seuls et parvenir à détruire des villages entiers sans aide, il en allait dorénavant autrement, et rares étaient devenus les groupes de reptiles composés de moins d’une demi-douzaine d’individus. D’autres part, le plus souvent, des orcs ou des trolls étaient envoyés en éclaireurs, leur vie important peu à leurs maîtres.

De la rivalité naît la bêtise...

Hélas, comme toute chose qui vous donne un avantage sur autrui, les galeries des lutins, leurs cartes et les entrées de celles-ci devinrent le fruit de convoitises qui divisèrent encore plus les peuples libres, notamment les hauts-elfes et les elfes-noirs. Ainsi, deux êtres forts différents mais partageant cupidité, avidité et ambition commencèrent à se livrer une guerre impitoyable. Aidés chacun de leur propre équipe, composées de lutin et de nains pour la plupart, mais où d’un côté étaient des demis-orcs et de l’autre des braves, c’était à celui qui creuserait le plus de galerie, le plus vite et au moindre prix.

Leur technique consistait également, quand ils en trouvaient, à soit exploiter les mines de cristaux qui leur convenaient, soit à détruire purement et simplement celles de l’autre alignement. Ainsi, Morelvann et Laylindel devinrent des êtres respectés et adulés dans leurs propres camps, mais crains et détestés dans les rangs de l’alignement opposé. Leur rivalité devint si grande qu’ils se vouaient une haine et un mépris sans borne, n’hésitant pas, pour l’un à saboter les infrastructures de son rival, et pour l’autre à ériger des obstacles ralentissant la progression des galeries.

Cette dualité alla jusqu’à ce maudit Djay où ils firent ce pari stupide et inutile, si ce n’est de tenter de se prouver une énième fois que l’un était supérieur à l’autre. Morelvann paria qu’il creuserait un conduit atteignant le cratère du volcan au pied duquel se trouvait la légendaire cité de Pyros avant que Laylindel ne parvienne au cœur du glacier où était emprisonné l’antique temple de Gelzart. Bien entendu, aucun d’entre eux ne tint sa promesse de ne pas gêner l’autre, et c’est dans un vrai climat de guerre qu’ils creusèrent ce qui causa la perte de nombreux êtres de valeur et retarda la fin de la guerre de plusieurs centaines de Yano.

Un pari stupide...

Lutins et nains aidèrent les demis-orcs de Morelvann et les braves de Laylindel à les conduire à leur perte. La légende dit que chacun parvint au même moment à percer les tunnels de leur pari. L’un déboucha sur une mer de lave, où d’étranges vapeurs acides envahirent la galerie, tandis que l’autre arriva dans une espèce d’océan de brumes diffuses qui s’engouffrèrent dans le conduit fraîchement percé. Jamais on ne revit Morelvann, Laylindel et leurs fidèles employés, et personne ne se douta que ces étranges odeurs que l’on sentait dans les tunnels étaient mortelles.

Pendant un certains temps, on ne fermait que les galeries où ces odeurs étaient perçues et où des gens tombaient malades. C’est à ce moment-là aussi que les dragons trouvèrent les conduits percés par le fourbe Morelvann et le perfide Laylindel. Sans hésiter, c’est par milliers que Bunekorh le dragon rouge y envoya ses hordes d’orcs tandis que Luncinrhog le dragon bleu y expédiait des meutes de trolls. De sauvages combats s’engagèrent alors dans les souterrains. On dit que c’est au plus fort d’une bataille où nul camp ne prenait le dessus que le souffre et le gaz carbonique se rencontrèrent. L’explosion fut entendue sur tout Ganareth et d’innombrables valeureux membres de l’alliance y périrent aux côtés de milliers de trolls et d’orcs.

Depuis ce Djay, les tunnels sont inutilisables, empoisonnés pour longtemps encore. Sur tout Ganareth, les lutins, à regret et mortifiés par la perte du labeur de tout un peuple et de plusieurs générations, ferment une à une toutes les entrées de ces souterrains qui avaient permis aux races libres de survivre et d’attendre l’arrivée des Immortels et le retour de la Mana. Dorénavant, l’Alliance devrait se passer de cet avantage. Et bien entendu, les adeptes des cristaux Dark et ceux des Light se disputèrent leur responsabilité. Le fossé entre eux s’élargit encore un peu plus, et la vision d’une paix après la guerre s’éloignait, noyée dans les ténèbres ou avalée par la lumière, selon que l’on soit sensible aux cristaux Dark ou Light…

FIN

Par Sadra
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Mardi 27 juin 2006

1ère partie : Hîthlómë et Sir’uin
(Yano 8000 à 8020)


Je suis né Aurdjay Terr’Vor’Pring de Yano 8'000. Mon père, Sir’uin, aimait raconter que j’avais poussé mon premier cri au moment même où jaillissait des fontaine, en ce glorieux Djay qui marqua le tournant de la guerre, la bénéfique et puissante mana. J’étais le septième et définitivement dernier rejeton de ma famille. Une sœur, puis que des frères. Ma mère, Hîthlómë, avait tant souhaité une fille qu’ils en oublièrent de choisir un prénom mâle. Ainsi, j’aurais dû, si j’avais été une femelle, me nommer Aradae, la Noble Ombre. Heureusement, je suis un mâle et mon père, elfe pragmatique, transforma quelque peu ce prénom, n’hésitant pas à le scinder en deux, comme pour lui-même, ce dont il tira une certaine fierté, au grand désappointement de ma mère, et l’on m’appela donc Ahr’Das. Ce qui me plaît nettement plus.


Nous étions ce que nous pouvons qualifier maintenant d’elfes-noirs. Ou encore Sang-Damnés, Renégats, Esclaves de l’Ombre… et toutes sortes d’autres charmants termes. Pour notre part, nous nous disions le Peuple Sombre, tant il est vrai que notre point commun à tous fût, pendant les millénaires que dura la guerre, se cacher dans des montagnes et ne vivre que la nuit. Nos habitations ont certes maintenant évoluées, mais plus jamais nous ne pourrons affronter Sol comme le font les autres races. Sa vive lumière est un mal pour nous et, du haut du ciel, au-delà des deux lunes scindées qui n’en furent qu’une, il nous rappelle le prix de nos sacrifices et de nos actes. 


Mes parents, originaires tout d’eux de Clans des Grottes, dont les Maisons ne cessèrent jamais de se battre contre les Dragons et d’éviter les traquenards des pratiquants de la magie constructrice, qui les haïssaient. Après les rudes combats qu’ils avaient menés, eux aussi, rencontrèrent un très vieil elfe-noir, dont le nom était presque aussi célèbre que celui de Vuuar lui-même, et ainsi ils entrèrent au service de Dînsereg, le formidable stratège et redoutable meneur d’hommes qui redonna espoir aux elfes bannis et aux adeptes de la magie destructrice, en leur démontrant qu’elle était utile, non pas comme une magie commune, mais comme une arme qui peut aussi bien servir à attaquer qu’à se défendre. Il gagna ainsi le respect de certains elfe-des-bois, qui n’étaient pas tous tombés dans le fanatisme des suiveurs d’Eliak le Fou, et de la plupart des autres races. Sous les ordres de l’un de ces fidèle second, Kyorl del Zhaunil demi-orc aussi massif et costaud qu’instruit et intelligent, mes parents firent incorporés dans une unité spéciale. C’est en fait à ce moment-là qu’ils tombèrent amoureux, au pied des gigantesques constructions qu’ils érigeaient et qui allaient devenir les fontaines de mana, notre salut…


Tout en construisant ces fontaines, mes parents mirent au monde une femelle et cinq mâles, qui tous suivirent les enseignements des Immortels, car à cette époque, il était encore facile de rejoindre les rangs des Apôtres afin d’y apprendre les Arts de ceux qui vinrent nous sauver de la défaite finale. Quand je fus né, le réseau de fontaines était terminé. Les architectes, maîtres d’œuvre, maçons, menuisier, manœuvres et tout le personnel eurent alors le choix entre retourner se battre, pour la victoire, cette fois-ci, ou demeurer près d’une fontaine, afin de l’alimenter de garder sa puissance au maximum. Mes parents, enfin, je pense que ma mère trouva les mots juste pour convaincre mon père, décidèrent donc de s’établir. Ils ouvrirent donc une auberge près d’une fontaine située sur la route qui menait du Royaume des Montagnes à celui des Volcans.


Je passais donc toute mon enfance en ce lieu, aidant mes parents à tenir l’auberge, tâchant d’imiter mes frères dans leurs travaux. Etant le plus jeune, il leur arrivait de me taquiner, voir même de m’en faire voir de toutes les couleurs. C’est là que je dus développer mon agilité et ma vivacité au corps à corps et ma persuasion, car j’arrivais toujours à en mettre un au sol et à rallier un autre de mes virulent frère à ma cause. Je me souviens aussi des leçons que nous devions suivre, trois Djay par Dekad, avec les vieux pèlerins qui, ne pouvant plus voyager, s’établissaient dans des monastères et distillaient leurs savoirs aux enfants de la région. Comme je l’appris plus tard, je faisais bien de me méfier d’eux, car au-delà des Yano, l’Histoire se confond avec les légendes et les fantasmes auxquelles elles se mêlent. Non pas que leurs enseignements fussent faux, mais ils étaient déformés par le trop de réflexions qu’ils avaient apportés à chaque élément. Au lieu de nous raconter ce qu’il s’était réellement passé, ils nous apprenaient à en tirer des messages, y déchiffrer des paraboles et à en faire un espèce de cycle de notre propre existence. Le Verbe, le Savoir et la Culture sont vitaux, au contraire de la philosophie ou de la morale, qui ne dépend que de chacun…


Quand à ma sœur, je ne me souviens guère d’elle, car elle nous quitta assez vite. Mîraelin épousa non moins que le frère du Baron local, qui tomba amoureux d’elle à l’un de ces festivals de Vor’Pring, la saison où tout était prétextes à s’amuser. Elle alla donc vivre dans l’un de ses domaines, dans l’une de ces forteresses modernes, censées défendre les terres alentours. Le Seigneur de ma sœur, malheureusement, mourût peu de Yano après, en lui laissant cinq enfants sur les bras. Elle décida donc de s’en revenir chez ses parents afin de les aider à tenir l’Auberge, et mes parents furent heureux de voir à nouveau l’animation d’enfants jouant autours d’eux, car quand elle revint, mes frères étaient déjà partis… et moi aussi.

2ème partie : Kyorl
(Yano 8020 à 8199)


Chaque Yano, peu avant Winiver, je n’attendais plus que la visite de Kyorl, qui passait annuellement à chaque fontaine dont il avait la responsabilité, pour une inspection et aussi afin de prendre d’éventuels surplus pour les fontaines où soit du bois, soit du cristal sombre manquait. Il avait gardé d’excellents contacts avec mes parents et restait en général plusieurs Djay chez nous, à parler « du bon temps » avec mon père. Ils étaient alors servis comme des rois par ma mère, et nous profitions nous aussi de cette époque bénie de la visite de mon demi-orc préféré, qui était par ailleurs mon parrain.


Je me souviens de la source intarissable d’historie et de connaissance qu’il représentait pour moi. Son calme, hormis quand il parlait de sa race, qu’il appelait Nov’orc, qu’il tentait d’amener à être l’égale de toutes les autres. Les demis-trolls, entre autres, lui sont également redevables pour le poids qu’il apporta dans la reconnaissance des enfants des trolls et des humains comme une souche à part entière, et non plus comme les bâtards issus de viols ou d’autres contes impies et erronés juste bons à faire peur aux enfants pas sages… Nous passions des Prenokt entière à les écouter, lui et mon père, cachés sous la cage de l’escalier, jusqu’à ce que notre mère, estimant certainement que ses enfants avaient assez abusés, ne s’en vienne nous border.


Mon enfance s’écoula donc lentement, jusqu’à mes vingt Yano. Ce Nar’Hotomn là, quand Kyorl arriva, je savais que j’allais partir avec lui. Cela faisait déjà deux Yano que ma mère convainquait mon père de ne pas me laisser partir, mais cette fois-ci, alors que je devenais officiellement et légalement adulte, elle ne pût plus m’empêcher de préparer mon baluchon afin de partir visiter le monde et en apprendre tous ses secrets avec mon parrain Nov’orc. Dès le moment où il franchit la porte, mon impatience atteignit des pics jamais plus approchés jusqu’ici, et je doute que telle impétuosité me gagne encore un Djay, vu mon âge. Enfin, quad le moment de partir fût arrivé, je dis au revoir à mes parents et leur promis de faire attention et d’obéir scrupuleusement à Kyorl. Bien-entendu, pendant tout le temps que je suivis mon parrain, nous passâmes les trouver à Nar’Hotomn, et à chaque fois, ma mère tentait de me faire rester, tout en comprenant mon désir d’aventure. Après tout, j’étais de cette génération pour qui les fontaines, la mana, les Immortels et leurs suivants étaient considérés comme normal. Ainsi, nous autres, né après que les demis-dieux soient venus, accompagnés peu après par les fées, avions la certitude qu’un Djay, nous vaincrions Dragoon, ses lieutenants, leurs hordes de Trolls et leurs meutes d’Orcs. Nous avions soif d’aventures, soif de vengeance… Et là où nos parents se sentaient heureux s’ils pouvaient vivre en sécurité plus dix Yano au même endroit sans se faire attaquer, nous autres ne connaîtrions le bonheur que quand la Bête ne serait plus qu’une tête au-dessus de l’âtre de la demeure de Vuuar.


Si je demeurai vingt Yano avec mes parents, je n’en passai pas moins près de deux cents en compagnie de Kyorl. Ainsi, au fil du temps, notre statut passa de rapports parrain à filleul à celui de père à fils, mais sans oublier, bien entendu, mon vrai père. Mais c’est tout de même Kyorl qui m’apprit ce que l’on appelle les choses de la vie. Ensuite, alors que je grandissais, nous devînmes ensuite un maître et son élève, qui apprenait toutes les subtilités de l’entretien, de la surveillance et de l’approvisionnement des fontaines de mana, m’expliquant bien qu’il ne fallait pas avoir la gestion de plus de fontaines qu’on ne pouvait en visiter durant les quatre Sezone. Plus tard, l’on peut dire que nous restâmes, l’un pour l’autre, de véritables amis. Et maintenant, c’est à un frère que je m’adresse, quand nous nous rencontrons, malheureusement trop peu souvent.


Comme pour mes parents, chaque Yano, notre tournée des fontaines nous amenait dans ces monts escarpés et ces vallées arides, là où ceux de mon peuple creusèrent les montagne pour s’abriter, ne pouvant plus vivre dans les bois de leur déesse tutélaire. Ces moments là étaient pour moi l’occasion d’observer le grand Dînsereg, qui avait combattu aux côtés de mes parents. L’on disait que c’était l’un des seuls à avoir osé refuser de suivre les enseignements des Immortels, même sous la démonstration des pouvoirs de terreur de Shakaar. Sa voie, disait-il, était de faire avec ce qu’il avait comme troupe afin de s’assurer de la victoire. Au lieu d’apprendre les Arts, il préféra donc peaufiner ses stratégies de guerres, tout en tenant compte des nouvelles possibilités offertes par ces nouveaux combattants, usant autant leurs bras que leurs esprit ou la mana. Je rêvais d’un Djay servir sous ses ordres, après qu’un Apôtre m’aurait appris les arts des Guerriers, comme je le souhaitait à l’époque. Mais il en alla autrement.


Mais chaque fois, nous repartions. J’étais devenu un spécialiste des fontaines, et étais même capable de trouver des gisements de cristaux sombres. Las, alors que plus les dragons reculaient et se retiraient de nos terres, plus les conflits entre adeptes de la magie constructrice et nous-mêmes éclataient, d’abord par-ci par-là, puis, en quelques temps, un peu partout. Les fées ne parvenaient plus à maintenir un quelconque équilibre entre les membres du Conseil des Sages. En 8199, à contrecœur mais, disait-il, pour ma propre sécurité, Kyorl me laissa dans les montagnes, avec le gros des troupes de Dînsereg, afin d’y apprendre à me battre. Commença alors la période la plus longue, la plus trouble, la plus sombre et la moins mémorable de ma vie…

3ème partie : Morlach
(Yano 8199 à 8625)


Dînsereg… En tout est pour tout, je ne le vis qu’une seule fois, lors de mon arrivée, alors que lui-même partait avec sa garde. On nous présenta brièvement. J’étais impressionné. L’effet de l’âge ne semblait pas avoir d’emprise sur lui. Après m’avoir salué et souhaité bonne chance, il dit à un officier de m’équiper et de pratiquer comme d’habitude. Je ne le revis que bien des Yano plus tard, mais alors, je ne savais pas que pendant plus de quatre cents Yano, j’allais arpenter des terres désolées, traquant et tuant des familles entières de dragons. Ma rencontre avec lui, il n’y rien à en dire. Je passai les quelques temps passés parmi la troupe restée à ce point de garde à m’entraîner au maniement de la dague. Très vite, je me fis à l’utilisation de cette arme, mêlant ma vivacité et mon agilité à celle de cette arme. Une armure de cuir me suffisait et je n’usai guère de bouclier, encombrant et peu maniable, sauf en Winiver, quand la neige recouvrait les pentes de la montagne. A ce moment là, nous dévalions les monts enneigés, en équilibre sur ces larges boucliers d’infanterie. Ma main libre ne me servant à rien au combat, je décidai de me servir de ma dague dans la main gauche, tout en apprenant à user d’une lame longue de ma main droite. Je trouvai mon style.


Trois Winiver plus tard, l’un d’eux arriva. C’était un personnage mystérieux, vêtu d’une large bure sombre, capuchon rabattu au fond duquel brillait un regard de braise. Je fus placé en rang, parmi d’autres jeunes recrues. Le mystérieux visiteur nous passa en revue. Certains furent repoussés par sa main fine, sombre et crochue, qui sortait vivement de sa manche, d’autres tirés en avant, certains de leur sort. Je me souviens de ce que cet être me dit à ce moment là : « celui qui n’a pas connu ni la haine, ni la colère ne sait pas encore quelle force il recèle ». Je fus de ceux qui partirent à la suite du vieil homme ce Prenokt là. Pendant deux Dekad, nous cheminâmes dans le Royaume d’Agnar, nous dirigeant plus ou moins vers l’est. Enfin, nous arrivâmes à destination. Une espèce de cratère volcanique, où la vie avait renoncée à se battre. Immédiatement, je pensai à un antique champ de bataille. L’on nous plaça en cercle, tournés vers l’extérieur et nous restâmes ainsi durant je ne sais pas combien de temps. Régulièrement, trois demis-trolls venaient ramasser les corps de ceux qui n’avaient pas tenus le coup. Un Nokt, alors que j’allais m’effondrer, ils arrivèrent. Ils étaient quatorze demis-elfes, chacun représentant un Art. Ils se mirent à tourner autour de nous, sélectionnant ceux qu’ils jugeaient dignes de leurs enseignements. Jamais deux des Maîtres de Classe ne semblèrent se disputer un élève. Quand le servant de Arkorak passa devant moi, je tressaillis, prêt à le suivre, mais le regard qu’il me jeta me glaça les sangs et me dissuada de bouger. C’est alors qu’un être à l’armure sombre et menaçante me fît signe. Chevalier, telle allait être ma voie…


Jamais je ne le vis, mais toujours, Sa présence se faisait sentir. Une peur insondable, terrifiante, qui nous nouait les tripes et jamais ne se relâchait. C’est ainsi que nous apprenions, en subissant d’abord ce que nous pratiquerions sur d’autres par la suite. Pour le reste, notre apprentissage, si je peux l’appeler ainsi, consista à s’intégrer dans un groupe de sept combattants de Shakaar et de s’adapter et survivre… ou mourir. Notre spécialité était de s’engager en terrain ennemi, de trouver les œufs et de les détruire. Nous étions sans pitié et sans peur. Nos raids nous menèrent jusqu’au Royaume de Calder, où les cris des dragons femelles raisonnent encore de haine et de colère à notre égard, entre les volacans arides et fumants. J’étais un combattant froid, concentré. J’avais pour habitude d’analyser la situation autant que possible et d’atteindre mes objectifs le plus rapidement possible. Au combat, je distillai la peur, telle que mes enseignants me l’apprirent. Ainsi, au fil du temps, j’appris à faire rejaillir la peur que Morlach m’inspirait sur mes adversaires. Moi libérés et eux terrifiés, le combat en devenait inégal. C’était facile, nous semions la mort et la peur, nous étions ce que les adeptes de Eliak haïssaient le plus.


Alors même que nous alignions victoires sur succès, des voix venues de certains membres du Conseil des Sages commencèrent à s’élever contre nos méthodes soi-disant barbares, viles et immorales. Il s’agissait bien sûr de personnes jalouses des insuccès des leurs, mais une décision fût prise à  notre encontre. Nous devions cesser nos actes. Alors, notre groupe, dont je ne parlerai pas des autres membres, prit le nom de « Dobluth », c'est-à-dire paria. Et nous continuâmes ce que nos opposants appelaient des exactions. Certains voulurent nous en empêcher et vinrent à notre rencontre. Ils furent peu à rentrer chez eux, fous à jamais, incapable de raconter ce qui leur était advenu. Au fil des Yano qui filaient, nous ne nous retrouvâmes plus que trois Dobluth. Nous pourchassés de toutes part. Nous étions fatigués, las de se battre et nous avions contribué plus que notre part à la cause des Peuples Libres. Nous décidâmes de nous séparer.


Après un bref passage chez mes parents, qui vieillissaient lentement, où je fus choyé et requinqué, je repartis en Nar’Hotomn, avec Kyorl. Je restai avec lui le temps de rejoindre le camp de Dînsereg, à qui je voulais offrir mes services. Le voyage se passa tranquillement. Je ne parlai guère de ce qui m’était arrivé depuis notre séparation… Et il ne me questionna pas, tant il connaissait déjà, grâce à ceux qui m'avaient précédés, ce qu'il advenait de ceux qui étaient chosis pour suivre les enseignements de Shakaar…

4ème partie : Dînsereg
(Yano 8625 à 8768)


Pour la seconde fois, je rencontrai Dînsereg, et cela fût tout aussi bref. Cependant, ce qu’il ne dit resta gravé en moi… : « Vous avez quelque peu abusé… Mais qu’est-ce que vous leur avez mis… » Et comme la première fois, il s’en alla, non sans m’avoir ordonné de me mettre sous les ordres de… Kyorl. Il changeait d’affectation, car, depuis le temps, pendant mon  « absence » disait-il, il avait eu le temps de former des gars capables de s’occuper des fontaines de mana. Enfin Kyorl pouvait faire ce qu’il appréciait pas dessus tout : de la diplomatie. Ainsi, nous devions parcourir les terres de Ganareth et y trouver des alliés, ou du moins des sympathisants, qui seraient d’accord d’apporter leur soutien à Vuuar, quand le moment serait venu. De villes en villes, Kyorl et moi, en dehors de nos missions de prospections, testâmes tout de chacune d’entre elles. Leurs tavernes, leurs bars, leurs cuisines, leurs boissons, leurs bibliothèques, leurs temples, leurs femmes... et j’en passe. Ce fût une époque bénie où, après mes années de maraude, je redécouvrais tous les plaisirs de la civilisation et découvrais ceux du luxe.


Bien entendu, nous n’étions pas les bienvenus partout, et nous dûmes nombre de fois quitter précipitamment une ville, voire même ne pas y entrer. Il arriva aussi que l’on tente de nous assassiner, de nous soudoyer ou de nous capturer, mais à chaque fois, grâce aux talents de détection de Kyorl, nous nous en sortions. Quand j’étais seul, c’était la peur que Morlach m’insulfait qui se répandait autour de moi, flottant dans l’air comme une brume invisible dans laquelle veillaient mille terreurs ou abominations qui me permettait de m'en tirer. D’autre fois, en d’autres lieux, nous étions reçus tels des princes, siégeant à la table du noble local, dans des décors inimaginable, où nous participions à des festins sans fin et des réjouissances raffinées et recherchées. 


Parfois, je recevais de mystérieuses missives où l’on me donnait rendez-vous. Sur place, m’attendaient en général six compagnons, dont l’un d’eux nous donnait les ordres. Nous étions la plupart du temps de différentes classes, toujours exactement adapté à la situation. Alors, comme une seule et unique entité, nous remplissions notre mission, puis retournions là d’où nous venions. Après quelques Yano, ce fût moi qui donnais les ordres, recevant mes ordres écrits directement de la plume de Dînsereg. Nos missions pouvaient parfois paraître étrange, mais jamais aucun d’entre nous ne les remit en question. Jamais. Pas plus que nous en parlions. Kyorl, je le pressentais, devait de son côté agir de même, mais le sujet de nos escapades solitaires ne fût jamais abordé entre nous.


En 8861, je rencontrai Silrómen. Ma tendre Silrómen. J’avais fait part à Kyorl de mon intention de postuler à la maintenance de l’une des frontière du Nord et de mener une vie plus simple, de fonder un foyer. Sous son masque enjoué, je remarquai bien qu’il me cachait sa peine de nous voir nous séparer, nous, la fine équipe qui aurait pu convaincre un brave que son frère était une méchante fée Dark. Au lieu de montrer de la rancœur, il fît tout pour nous aider, et c’est même lui qui devait être notre Major de table aux noces… il le devait. En effet, ma tendre et douce bien-aimée est morte dans mes bras, dans un accident survenu lors d’une stupide chasse au Dragon. Bien que ses blessures auraient dues se soigner, car alors la mana coulait littéralement dans nos veines, il n’en fût rien. Inexorablement, son souffle vital diminuait, pour finir par s’éteindre un Marn de Hotomn, pour toujours. Cette fois-ci, alors qu’Agnar l’avait appelée, Ysatis ne nous la renvoya pas. Ainsi, du grand Cycle de la mort et la vie, Silrómen fût expulsée. Gothar l’avait jugée digne et l’avait appelée à Lui.


Je n’ai pas le cœur à en dire plus sur ma tendre Silrómen, juste qu’elle fût une noble et grande Dame, pleine de courage, de dignité et de compassion. Réagir à sa mort me fût difficile. Je me mis à boire, mais plus dans le but de faire boire plus que moi mes interlocuteurs, afin de leur faire avaler mes tentacules de Zourit, mais à boire pour moi, jusqu’à n’en plus pouvoir. Ainsi je me mis à sombrer… Jusqu’au Djay où Kyorl vint me chercher. Il m’imposa un sevrage à la manière des demis-orcs. Une oasis dans un désert impossible à traverser seul pour qui ne le connaît pas. Cela me prit cinq Yano, pour que mes mains ne tremblent plus au Marn et que je ne m’éveille plus en sanglotant comme une femelle.


Et un Djay, Kyorl revint me chercher, avec un ordre manuscrit de Dînsereg. Nous devions aller convaincre des alliés potentiels de se joindre à nous, loin au Sud. Jamais, auparavant, une de nos mission fût plus excitante et plaisante à régler. Je m’étonne parfois encore de la facilité avec laquelle nous les avions convaincus du bien fondé de nos intentions. Un pied à terre aussi au sud relevait d’une importance stratégique sans précédant, aussi Kyorl décida de rester sur place, alors que je devais aller rendre rapport à Dînsereg. Et c’est là, sur une route menant au nord, dans une forêt du Royaume de Neutra, que je rencontrai celle qui changea ma vie… et qui me conquis d'un simple regard doré... Débuta alors une aventure qui Mid'Djay encore est connue de tous, tant elle changea nos vie à tous.


C'est aussi à cette période que je rencontrai ce jeune elfe-noir au potentiel incroyable, mais dont l'âme, l'esprit, le coeur et le corps devaient être façonnés. Tout restait à faire en lui, et il pouvait aussi bien pencher d'un côté que de l'autre. Je pressentais que sa fuite n'était pas que la simple fugue d'un garçon différent des autres, mais je le harcelai pas de question. Au contraire, je lui mis Kyorl sur les talons. Qui de mieux que lui pourrait lui apprendre ce que nous étions devenus avec le temps et les actes passés...

FIN

Par Sadra
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