Légende de "Ceux-qui-renièrent-Son-Âme"

Publié le par Sadra

Mornamarth et Faermorn


Dans une nuit noire et sans lune, un être robuste et fort vêtu d'une armure lourde et entouré d'une aura de mort noire et poisseuse, juché au sommet d'une montagne, semble attendre une ombre à l'aspect éthéré, triste et résolu. Elle est enveloppée d'une pâle lueur verte sombre et est agenouillée au bord d'un marais, fouillant désespérément l'eau faisandée de son bras. D'une voix puissante et autoritaire, l'être en armure dit :

- Viens Mornamarth, quitte ces marais et oublie-le... Ta fouille est vaine et ne sert à rien.

L'ombre semble désemparée et répète sans cesse :

- Il se noie, Faermorn ! Il se noie ! Aide-le ! Il se noie !

- Ce n'est que son corps... C'est son âme qu'il fallait sauver... Viens ! Il est encore temps...

- Non, je resterai près de lui... Il a froid et a besoin de moi.

- Ce n'est qu'un corps sans vie ! Viens avec moi chercher son âme...

- Non... je ne peux pas... je ne peux pas. Il ne peut rester seul ici.

Mais ni le combattant à l'air grave ni l'ombre triste du marais ne cèdent, et chacun reste là où il est, protégeant une partie de leur progéniture. Cependant, Faermorn dit avant de se détourner de Mornamarth :

- Puisse un jour notre histoire s'accomplir sans qu'Il s'en mêle... Un jour, Il paiera.

L'ombre se prostre au bord du marais et s'enroule dans un linceul en sanglotant, son bras immobile trempant toujours dans l'eau. Pas une larme ne perle de ses yeux, tandis que le combattant s'enferme dans son sombre manteau tout en tenant fermement son arme et se retourne, à regret, immobile dans la nuit sans lune, le visage impassible si ce n'est une larme lui roulant sur la joue.

 

 

Naurfaer et Faermorn


Il fait nuit noire. Au pied d’une imposante montagne, un être de stature imposante dont l’aura d’obscurité poisseuse semble avaler toute lumière, couvert d’un lourd manteau et équipé d’une énorme épée à deux mains qui lui pend dans le dos, cogne ses poings contre la paroi rocheuse qui tremble carrément sous ces violents coups de butoirs. Entouré d’ombres, un personnage dont on distingue mal les traits, si ce n’est une petite barbe fine se tient non loin, près d’un grand feu. Il est vêtu d’une longue cape rouge sombre à haut col. Il semble se dégager de lui une telle chaleur que même l’air paraît se consumer à son contact. Il s’approche du sombre être au visage froid, mélancolique et sévère.

- Faermorn ! Quand cesseras-tu de frapper ces rochers ? Tiens-tu à ce que l’ardeur de mon sang coule en tes terres et noie tes enfants ?

Le robuste combattant ne se retourne même pas et continue à taper dans la montagne elle-même.

- Bonsoir, Naurfaer, mon ami. Ma seule vraie enfant est morte… Viens-tu savourer ta victoire ? Viens-tu me dire que tu m’avais prévenu ?

- Non, mon cher… Au contraire, je souffre avec toi.

- Pourquoi ai-je de la peine à te croire ?

- Cesse de te bercer d’illusions, Faermorn, ce n’est pas ton domaine. Il faut que tu me fasses confiance.

- Comment faire confiance à qui que ce soit, Naurfaer, alors que même Lui n’est pas infaillible ?

Le personnage à la cape se met à rire. D’une voix lente, basse et envoûtante, il s’adresse à son ami.

- Ecoute mes conseils et cesse de frapper dans le vide. Tu ne fais du mal qu’à toi-même. Si nous voulons un jour venger votre enfant et Lui faire payer sa manière de nous traiter, unissons-nous… Même le temps mettra le temps qu’il faudra pour parvenir à nos fins, ami. Et la première chose que tu dois faire est accepter la tâche qu’Il te confie.

Celui qui se nomme Faermorn cesse soudain de frapper les rochers.

- Accepter de faire ce qu’Il a refusé à… Mais comment le pourrais-je !

- La vengeance se consume froide. Avec ce travail, tu seras bien placé et nous pourrons ourdir notre vengeance, longtemps et efficacement, tissant les fils d’un plan qui ne saura échouer. Et un jour, nous, les méprisés trahis par Son maudit esprit, serons en mesure de faire éclater les Vérités… Ecoute-moi, mon seul ami, fais ce que je te dis, convaincs-la, et nous ne pourrons perdre… Tu sais qu’elle attise en toi des choses que moi j’apaise. Tu es le centre et nous les extrêmes.

Le personnage, qui semble, malgré sa détermination, vraiment compatir à la douleur du combattant, s’enroule dans sa cape et se retourne vers son feu, l’air songeur. Dans son dos, toute chaleur s’en va et ne laisse qu’un vide froid et terne. En silence, Faermorn murmure un merci à l’attention de Naurfaer et se remet à cogner la montagne, sachant qu’il va accepter Son offre de rédemption et suivre le plan de son ami.

 

 

Mornamarth et Naurfaer


Tournant le dos à Son Âme, elle regarde l’obscurité, au-delà de ses marais aux eaux sombres et mortelles, là où Son autorité n’est plus qu’une source de mépris et de désaveu. Grâce pâle et fine, beauté triste et froide, elle porte toujours ce linceul blanc, qui met en valeur plus qu’il ne cache ses formes voluptueuses. Dans son dos, elle ressent sa chaleur.

- Toi aussi, tu viens me traiter de vaniteuse et de catin ?

Il lui tourne le dos, enroulé dans sa cape comme s’il avait froid, malgré sa chaleur. Un étrange sourire est dessiné sur ses fines lèvres alors qu’il regarde par-delà les lacs de lave en fusion de ses terres brûlées, comme s’il espérait encore une fois apercevoir Son Âme scintiller.

- Par respect pour notre ami commun, je n’en ferai rien. Au contraire… Par contre, j’espère que tu resteras à l’écart de nos affaires. Pour ton bien autant que le sien.

La fragile créature se retourne vivement pour faire face à Naurfaer. Son linceul s’envole autour d’elle et dénude son corps parfait. Malgré cela, son interlocuteur ne voit que son regard, dans lequel un éclat de haine malsaine et cruelle brille. Lentement, son unique vêtement prêté un instant aux vents chauds et humides des marais retombe sur elle et la recouvre.

- Ne me sous-estime pas, ami de mon amour. Je sais qu’il a accepté Son offre. Tu le lui as conseillé. Et au fond, je sais que c’est la seule voie… Maudite patience… Et je n’ai d’autre choix que de te laisser faire en attendant qu’……

Subitement, elle se laisse tomber à genou. Son linceul traîne dans la boue et de grandes traînées brunâtres se dessinent sur le fin tissu. Cette fois, elle ne peut retenir ses larmes, qui se mettent à couler le long de ses joues, puis retombent sur son buste et se mettent à rouler sur son si beau corps. Arrivées par terre, elles forment alors une rigole qui les conduit dans les eaux troubles du marais. Et là, les larmes ne se mélangent pas à la fange et forment comme un îlot perdu dans un océan en folie. L’étrange être vêtu de feu reste impassible.

- Naurfaer, je te laisse mon amour, mon honneur et ma fierté, mais venge-le… Venge mon Enfant ! Raconte ce que tu veux sur moi, traîne-moi dans une boue telle que même mon Royaume n’en abrite pas de plus sale, mais ramène-le nous…

Le grand personnage hésite un instant, puis pour la première fois de sa vie, il est pris de compassion. Lentement, il se tourne vers Mornamarth, s’en approche et se baisse vers elle. De ses longues mains fines, il la prend par les épaules et la redresse, puis l’aide à se lever. Elle le regarde, tremblante.

- Ta pitié me surprend et me couvre de honte, Naurfaer.

- Ce n’est pas de la pitié, femelle, mais de la nécessité… J’ai encore besoin de toi. Et autant nul ne saura que tu t’es laissée aider que nul ne doit savoir que je t’ai aidée… Seul l’Accomplissement compte. Toi et moi sommes les extrêmes qui feront bouger le centre qui ébranlera le Whal… Et nous profiterons des brèches.

Sans un mot de plus, l’être à la cape s’y enroule et part. Mornamarth s’agenouille face au marais. Sa main fine et gracieuse frappe violement l’amas de larmes flottantes et les disperse dans le lac.

- Maudit sois-Tu !

FIN

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