Journal de Jhal’arl, cahier no 7, partie I

Publié le par Sadra

Voici (enfin) la nouvelle que j'avais écrite pour l'AT de L'antre de la Louve. Le sujet était : "un ado découvre une pièce secrète".

Bonne lecture...

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Cre’Pentadi de Maré 387 UC

Je suis impressionné. Je commence mon septième cahier, alors que je ne suis que dans ma treizième année. Quand je suis allé le chercher au « guichet des fournitures », le préposé m’a regardé d’un drôle d’air. Il devait se dire que c’était du gâchis et que c’était du gaspillage de donner ainsi tout ce précieux papier à un gosse.

Heureusement, et j’espère, cher journal, que tu ne me compromettras pas avec ce que je vais écrire, que j’avais une autorisation de retrait, signée de ma main qui avait parfaitement imité celle de Sir Gonza’ghul. Pour cela, je risque le renvoi à l’Extérieur, au grand damne de mes parents, qui ont tout sacrifié pour que je suive une éducation de classe C, ce qui était statistiquement une éducation élevée, en comparaison de la plupart des enfants de notre Antre qui étaient au mieux élevés en niveau F.

Tout ce que je sais, c’est que dans ce monde fermé, sombre et obstrué, lire et écrire sont les seuls moyens de voir la lumière, de m’évader. Je me rends bien compte que les autres ne sont pas comme moi, que cette vie leur convient et qu’ils ne remettent rien en question. On me dit que c’est mon âge, que mes envies de révoltes passeront et que je finirai bien par « m’y faire »… MAIS JE NE LE VEUX PAS !!!

Souvent, je rêve que je sors… J’imagine, comme tu le sais, cher journal, des plans pour que l’on me condamne et m’exile à l’Extérieur… Mais je n’ose pas. Je n’en ai pas le cran. Grande gueule, mais pas de couilles, comme disent les grands. Ou alors mon cerveau m’en empêche… L’instinct de survie est le plus fort… Et il y a aussi « Elle »… Je ne t’en parle pas, cher journal, car je ne sais pas quoi dire à part que, quand je La vois, mes tripes se retournent, mon sexe se durcit et j’arrête de penser rationnellement. Un débile, voilà pour quoi je passe, quand au détour d’une galerie je la croise, toujours entourée de ses copines…

Sinon, dans le cadre des devoirs d’histoire, je vais m’atteler à un ouvrage sur les Temps Passés. Mais j’ai toujours cette impression que quand nous parlons de cette époque lointaine, on ne nous dit pas tout… Mais je prends ce qui vient et m’en réjouis, tant lire ces ouvrages sur « ceux-qui-vivaient-Dehors » m’enthousiasme…

A demain, cher journal…


Cre’Hexadi de Maré 387 UC

Oulà… J’ai l’esprit en compote… Ce livre dont je te parlais hier, cher journal, s’avère être une explication du complexe calendrier qu’utilisaient « ceux-qui-vivaient- dehors »… Leur vie devait être bien compliquée, à l’Extérieur, avant le Cataclysme.

Tout d’abord, il ne comptaient pas les années en UC, puisque cela signifie « Ultérieur au Cataclysme », mais par rapport à la naissance d’un gars important, quelques 2400 années CC, citérieur au Cataclysme.

Ensuite, pour nous, c’est simple… Nous avons trois semaines de dix jours par mois. Une semaine avec le préfixe « Aur’ », la seconde avec « Zen’ » et pour la dernière, on met « Cre’ »… Ainsi, cela donne par exemple Aur’Primidi pour le premier jour du mois, Zen’Hexadi pour le 16ème jour et Cre’Decadi pour le dernier jour.

Eux, ils avaient des semaines de sept jours, réparties aléatoirement dans des mois qui n’avaient pas trente jours fixes, comme les nôtres. Ainsi, il devaient numéroter les jours de 1 à 28, 30 ou 31… et même 29, pour leur mois de « février », tous les quatre ans. Cela leur faisait au total 52 semaines et quelques, pour 365 jours… Et 366 tous les quatre ans. Que de complications ! Il paraît que c’est parce qu’ils mélangeaient les données solaires, les mois, et lunaires, les semaines…

Pour leurs mois, ils ont quasi les même que les nôtres, sauf qu’ils ne finissent pas tous par « é »… Genre Mars, Juillet, Octobre, Novembre... Ca fait drôle à prononcer, par rapport à nos Maré, Julé, Octé ou Nové.

Par contre, ils ne connaissaient pas le mois « Festé », que nous rajoutons tous les quatre ans pour rajouter les 21 jours qui manquent pour atteindre l’année solaire parfaite… D’ailleurs, l’on pourrait abandonner ce mois, s’il n’était pas le moment des Fêtes, et compter l’année seulement sur 360 jours, puisque ici, nous ne le verrons jamais, ce mystérieux soleil…

J’en viens même, parfois, à me demander s’il existe On raconte qu’il passait dans le ciel, accordant au monde Extérieur douze heures de lumière, puis douze heures de nuit, où Lune, sa petite sœur, prenait le relais. Une question qui me tarabuste, aussi, est de savoir de quelle manière ils pouvaient éclairer l’obscurité, sans champignons… Car il est prouvé que les Illuchamps ne peuvent s’illuminer que dans les souterrains. L’air libre les fait mourir. Ils le savent… Comment, je ne sais pas, mais les scientifiques le savent… Et cela ne choque que moi que des savoirs comme ça sont mystérieusement entre nos mains… Les autres s’en fichent, comme toujours.

Et voilà, j’en suis à nouveau à me laisser aller. Sir Gonza’ghul me l’a pourtant dit. Je ne dois pas être tant torturé par le passé et il me faut cesser de poser des questions qui n’ont pas de réponses… Soit… Mais c’est dur. Et je me sens seul. A part toi, cher journal, je n’ai personne à qui parler de tout cela… Si je le faisais, je passerais encore pour un dingue… Pfff…

Bon… A part ça, demain, nous allons à la biblio… Je vais encore vouloir des livres qui me vaudront quelques regards sévères et de secs avertissements, mais je m’en fous… Je lirai ce que je veux…

A demain, cher journal…


Cre’Heptadi de Maré 387 UC

Ah ! La visite de hier fût très constructive !

Des livres, des recueils, des bouquins… et Elle… Ah ! Elle était là, avec sa classe, accompagnée de leur affreuse maîtresse, Dame Zorg’hah.

Mon cœur trésaille, mon âme chavire et j’ai l’impression de marcher dans une grotte où les Illuchamps se sont éteints… Elle s’appelle Shienn’Mirã… Elle a de longs cheveux noirs et sa peau est presque blanche… Qu’elle est belle !

Mais ai-je une quelconque chance, moi si maigre, dont les veines bleutées sont encore si visible sur ma peau encore rosâtre ? Quand est-ce que, ce qui fera de moi un homme, se mettra-il en marche ? Quand est-ce que je vais enfin me mettre à grandir ? Peut-être devrais-je plus sortir et aller m’exercer aux sports, avec les autres garçons de ma classe… Mais non. Je trouve tout ça si débile… Être le plus fort, le plus rapide, le plus agile… Quels ploucs ! Je tâche pour ma part d’être le plus intelligent. La seule chose qui me plaît quand je vais jouer avec eux, et de compter les points et siffler les fautes… Mais même là, ils critiquent mon intransigeance. Mais il y’a des règles, et il faut les respecter… ou ne pas se faire prendre. C’est ainsi, dans les Cavernes.

Bref… Sir Gonza’ghul nous a donc emmené là-bas dans un but précis. Tout d’abord, je dois dire que cette bibliothèque, placée dans la rotonde centrale, avec les autres bâtiments officiels du service de l’éducation, semble bien plus grande vue de l’extérieur. Une fois entré, ce fût pour moi un double bonheur.

Des livres à perte de vue… Et Shienn’Mirã juste devant mes yeux. J’ai failli tomber à la renverse. Tout ce que je voulais dans ma vie se trouvait soudain là, dans mon champ de vision. C’en était flippant. Mais le mieux reste à venir, mon cher journal !

Notre prof, donc, a décidé de nous faire réaliser un travail de groupe. D’entente avec la Troll des Prairies, telle que nous nommons Dame Zorg’hah, ils ont organisé cette visite et créer des couples devant travailler sur un sujet particulier pendant un mois, pour ensuite le présenter devant nos deux classes. Et là, encore une fois, la chance m’a effrontément sourie. Je fais équipe avec Elle… avec Shienn’Mirã.

La vie est belle, parfois, dans les couloirs humides et sombres de nos grottes…N’est-ce pas, mon cher journal ? Je vais me dépêcher d’aller dormir, pour rêver d’Elle…

A demain, cher journal…


Cre’Octodi de Maré 387 UC

Quelle galère, ce matin !!! La nuit passée, je me suis réveillé en sursaut. Y’en avait plein les draps ! La honte. En pleine nuit, j’ai donc évacué mes draps, incognito, dans la salle de lavage. J’en ai ensuite récupéré des propres et suis retourné dans ma cellule. J’ose croire que personne ne m’a vu. Si cette histoire venait à se savoir, ma vie sociale serait foutue. Irrémédiablement. Bon… Ce qui me console, c’est que ce rêve était le plus beau, le plus fort et le plus réaliste que j’ai jamais fait, et même si des bribes de ce songe s’en sont allées durant la journée, j’en garde précieusement les meilleurs morceaux dans un coin de mon esprit.

Après ces péripéties, je me suis mis à rêver de tout autre chose. Le plafond de la grotte était bleu et le sol vert. De la lumière provenait de partout, mais je ne voyait aucun Illuchamp. Etrange phénomène que je n’ai pas eu le temps d’observer, car des choses ont commencé à sortir du sol. Des espèces de tentacules vertes qui s’enlaçaient autour de mes chevilles. C’est cette sensation dégoûtante qui m’a réveillée, et je n’ai pas eu, là non plus, le temps d’analyser ce rêve, car j’étais très en retard. J’ai donc filé en cours, où je suis arrivé en plein milieu d’une explication de Sir Gonza’ghul… La honte…

Evidement, c’est d’Elle que j’avais rêvé avant mon « accident »… Aussi, quand je l’ai vu ce matin, à la bibliothèque, je me suis mis à rougir et à bégayer. La honte, encore une fois, mais devant ses copines, ce coup-là. Mes potes ne m’ont pas loupé…

La vie des jeunes est compliquée. Nous nous retrouvons toujours à devoir improviser, alors que les adultes, eux, ont leur expérience et leurs acquis pour les sortir de ce genre de situation. Vivement que cela change, que je grandisse et que je sois prêt.

Plus tard, je me suis retrouvé seul avec Shienn’Mirã. C’était étrange. Au début, cela me semblait évidant qu’elle aurait préférée être groupée avec Kang’Lop ou l’un des sportifs de notre classe, et elle ne portait que peu d’attention à notre travail. Soudain, je suis tombé sur un ouvrage romantique. Comme toujours, je me suis mis à le lire. Intriguée, Shienn’Mirã m’a alors demandé de quoi il s’agissait, puis elle m’a demandé de lui en lire un passage.

Ce passage, cher journal, je ne te le livrerai pas. Je le garde au fond de moi, dans mon cœur, pour en garder sa substance. Durant toute ma lecture, j’ai senti son regard sur moi. Non plus le regard suffisant d’une fille qui se sait trop bien pour celui qu’elle doit supporter, mais autre chose… de plus chaleureux, de plus tendre… de tellement sensuel…

Ah ! Cher journal, je ne sais comment t’en parler, mais, pendant un moment, elle m’a regardé autrement… Du moins je le crois… et je l’espère…

Le reste de la journée est vite passé et est sans intérêt, hormis mon passage à la Salle des Maîtres, qui est à l’opposé de la biblio, afin de faire une course pour Sir Gonza’ghul... C’est marrant, quand même. D’habitude, les bâtiments semblent plus petits vus de dehors qu’une fois à l’intérieur… Et là, comme pour la biblio, j’ai trouvé que le Quartier des Maîtres semble très petit, une fois dedans, par rapport à la masse que l’on voit en passant devant.

Bah… de toutes manières, je ne suis pas en spécialisation de la section géométrie, pourquoi est-ce que je me pose des questions comme ça… J’en ai assez d’autres sans réponse…

Bon, je vais faire mes devoirs, et je te laisse donc… Garde mes mots précieusement…

A demain, cher journal…


Cre’Ennéadi de Maré 387 UC

ARGL !!! Je panique ! Que faire ! Que ne PAS faire !!! Et personne pour m’aider !!!

J’étais avec Shienn’Mirã, pour notre devoir. Nous avions bien avancé et j’étais en train de me dire que nous aurions terminé bien avant les autres quand elle m’a demandé de lui lire un passage d’un livre qu’elle me tendait. Timidement, j’ai pris le livre entre mes mains et me suis mis à lire, au début avec hésitation, puis de plus en plus aisément. Tout à coup, les poils se sont dressés sur ma nuque et mon épine dorsale s’est gelée… Shienn’Mirã s’était penchée vers moi et s’était mis à me susurrer quelque chose à l’oreille. Je suis resté là, la bouche ouverte, ne sachant que répondre. Elle venait de me demander de la rejoindre à la biblio le lendemain !!! Et moi, comme un idiot, je lui ai répondu que nous n’avions pas cours, le Decadi… Et là, mon cher journal, tu ne sais pas ce qu’elle me dit ?
« Je sais… »
Et elle m’a déposé un baiser sur la joue…

Imagines-tu la tête que j’ai dû faire ? Et bien c’était mille fois pire ! J’ai dû me tenir à l’étagère pour ne pas m’affaler comme une masse. L’étagère, sous mon poids, s’est mise à vaciller dangereusement. Heureusement, elle est restée debout. Mais ça n’a pas empêché le Troll des Prairies de venir voir ce qui se passait. Quelle branlée je me suis pris… Mais je m’en fiche, je La vois demain, seul à seul, perdu dans les rangées d’une bibliothèque qui sera plus que déserte en ce jour de congé…

Que dire du reste de la journée ? Rien, sinon que j’ai avancé comme dans un doux rêve et que je me suis perdu dans les grottes de notre Antre en me trompant à plusieurs reprises de galeries… Je devais avoir l’air idiot, mais que peut-on dire à un idiot heureux ?

Je regarde mes mains, elles tremblent. Je sais déjà que je ne pourrai pas dormir et que je ne penserai qu’à Elle…

A demain, cher journal… (héhéhé)…

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