Journal de Jhal’arl, cahier no 7, partie II

Publié le par Sadra

Cre’Decadi de Maré 387 UC

Je suis un abruti ! Un abruti qui vient de faire une découverte, mais un abruti quand même. Ils ont raison, quand ils me disent de ne pas me poser de question et de vivre ma vie telle qu’elle arrive. Oh oui, ils ont raison. Cela évite d’être un ABRUTI !!!

Cette journée devait être parfaite… Elle a été catastrophique… Elle devait être inoubliable… et elle le sera. Mais, cher journal, laisse-moi te la raconter, que tu juges ma sottise par toi-même…

Déjà, j’ai réussi à éviter la maladresse de l’autre nuit de justesse et je n’ai pratiquement pas dormi. Et c’était long, à attendre enfin l’heure à laquelle j’allais pouvoir La revoir ! Enfin, quand l’heure est arrivée, je me suis levé, lavé, préparé et je m’en suis allé à la biblio. Je ne sais pas pourquoi, mais un coin sombre de mon esprit redoutait un coup monté. Je m’attendais à ce qu’elle ne vienne pas, ce qui m’aurait évité d’être déçu. J’avais aussi imaginé la possibilité que toutes ses copines soient en train de me regarder en vain l’attendre… Mais je me trompais. Elle était là, Elle m’attendait, Elle me souriait. Quand je suis arrivé près d’elle pour la saluer, Elle s’est penchée vers moi et m’a embrassé.

Que dire à part que le bonheur m’a submergé tel le Grand Torrent dévalant entre les rochers ! Des milliers de fois, j’ai rêvé de ce moment, mais jamais je n’ai, rien qu’approché, le plaisir que procure un baiser de celle que l’on chérit depuis de longs mois…

Quand enfin nous nous sommes séparés, nous nous sommes regardés étrangement, avec connivence, comme deux gamins venant de faire une bêtise. Shienn’Mirã se pressait contre moi. Je sentais sa poitrine contre mon torse. Le plafond de la grotte se serait effondré que je n’aurais pas bronché…

Enfin, j’ai réussi à reprendre mes esprits. Je lui ai proposé d’une voix enrouée d’entrer dans la biblio. Et là, elle m’a lancé un regard de feu en me disant : « Non, Jhal’arl, pas ici… Allons aux archives… J’ai un passe… ».

Et moi, comme en petit enfant donnant la main à sa mère, je me suis laissé traîner vers les archives, qui se trouvaient entre le Quartier des Maîtres et la bibliothèque. Nous sommes entrés. Il y faisait sombre. Des rangées innombrables d’étagères pleines d’archives étaient alignées. Par jeu, Shienn’Mirã m’a alors lâché la main et s’est enfuie entre les colonnades. « Viens-me chercher », chuchotait-elle. Et je me suis mis à lui courir après. J’étais comme en transe, devinant ce qui pourrait suivre, ce qui me déconcentrait encore plus. C’est alors que j’ai percuté une paroi.

Aussitôt, je sus que j’étais face à quelque chose de probable. J’appliquai mes mains contre elles et appuyai. C’était impossible. La salle des archives ne pouvait pas être si petite. Dans ma tête, des rouages semblèrent se mettre en marche. La biblio est trop petite… Le Quartier des Maîtres est trop petit… Cette salle est trop petite… Et la pièce restante de ce carré des bâtiments officiels du service de l’éducation est le bureau du proviseur, que j’avais déjà vu et qui ne remplissait pas le manque.

J’ai sursauté quand une main s’est posée sur mon avant-bras. C’était Shienn’Mirã. Elle m’a demandé ce qui se passait et je lui ai répondu : « Il y’a une pièce cachée dans les bâtiment de l’éducation ». Elle m’a souri et s’est collée contre moi. « Sans doute quelques pièces pour les Maîtres… ». Elle m’a embrassé dans le cou et moi, grand abruti, j’ai continué dans mon délire. Je suis sûr qu’une pièce secrète est cachée entre ces différentes masures. J’avais même mon idée sur la question. Je ne pensais plus du tout au sexe et j’ai demandé à Shienn’Mirã de m’aider.

Nous nous sommes mis à déplacer de lourdes armoires en les glissant sur le sol. Cela a fait un boucan d’enfer. Je n’ai rien trouvé. Il devait bien y avoir une entrée, mais où. Et c’est à ce moment là que tout a dégénéré. Une porte s’est ouverte, quelque part. Un voix demandant s’il y’avait quelqu’un. Shienn’Mirã m’a regardé, paniquée. Je lui ai souri et lui ai dit de me suivre. Je crois que, si c’est possible, je l’ai aimé un peu plus encore quand elle a attrapé ma main pour la serrer dans la sienne. Nous avons slalomé entre les rangées d’étagères. Nous ne tenions pas à nous faire repérer, car des élèves traînants ici, même pour un rendez-vous galant, était un acte grave… très grave. Ce n’était pas la salle des archives pour rien, et tous les tests et examens passés étaient là, quelques part, entreposés.

Un frisson d’effroi m’a parcouru quand une seconde voix s’est faite entendre. Sans réfléchir, j’ai poussé Shienn’Mirã contre une pile de classeurs et lui ai fait signe de se taire. J’ai bougé les lèvres pour lui dire que je l’aimais, mais je doute qu’elle ait compris quoi que ce soit. Ensuite, j’ai tourné le dos et me suis dirigé vers les voix. Une fois près d’elles, j’ai fait du bruit exprès et me suis dénoncé.

Je me suis alors retrouvé entre deux profs à l’air grave et à la mine sévère. Je ne les connaissais pas. Sans un mot, ils m’ont conduit dans le bureau du proviseur, qui semblait déjà m’attendre. Malgré ma trouille, je fus capable de mesurer approximativement la surface de la pièce. Trop petite. Et à part la porte d’entrée et une autre en direction du Quartier des Maîtres, rien. J’étais plus que jamais sûr de moi.

Il y’a bel et bien une salle dissimulée entre la biblio, la salle des archives, le Quartier des Maîtres et le bureau du proviseur.

Quand j’en ressortis, de ce bureau, je savais que je venais de me faire brosser sévèrement, mais j’ignorais les mots prononcés. J’espérais seulement de tout mon être que Shienn’Mirã ait réussi à s’enfuir. Pour le passe, je bredouillais que je l’avais volé et qu’il avait glissé de ma poche en tentant de fuir…Tout le long du monologue du proviseur, je n’ai cessé de penser à Elle et à cette pièce, l’une prenant le dessus sur l’autre à chaque nouvelle connexion de mes neurones imbéciles.

Shienn’Mirã … Si je Lui avais fait l’amour, comme tout gars de mon âge aurait fait, non seulement de je serais pas passé pour un abruti à ses yeux en tentant de chercher une chimère, mais je ne me serais pas fait attraper pour une faute grave en faisant du bruit stupidement. QUEL ABRUTI !!!

Et pour terminer, me voilà puni pour trois jours à trier des spores de champignons à « la Ferme »… Quelle galère.

C’est donc le cœur lourd et l’esprit préoccupé que je fais mes bagages. Je dois te laisser, mon cher journal, durant ces trois jours. Je serai de retour bientôt, et je suppose que tu auras la mission de subir mes épanchements pour la perte de la fille que j’aime… C’est trop bête… M’être conduit ainsi, tel le dernier des abrutis…

A dans trois jours, cher journal que je ne peux prendre avec moi…


Aur’Quadradi de Avré 387 UC, le matin

Me voici de retour, mon cher journal… C’est le matin et je viens d’arriver. Un douche et ensuite, départ aux cours. Malgré que je me sois déjà lavé, je suis encore plein de spores. Ca colle, ça s’infiltre dans les vêtements et s’insinue dans la bouche et le nez. Je n’arrête pas d’éternuer.

Trois jours de ce travail abrutissant consistant à trier ces « graines de champignons »… La tâche idéale pour un abruti comme moi… Enfin, presque. Car c’est un travail répétitif et, pour peu que l’on se concentre, l’on peut machinalement travailler tout en laissant son esprit vagabonder. Donc j’ai pensé. Cela, personne ne peut m’en empêcher. Et de fait, j’ai des suppositions que je devrai vérifier…

Tu m’as manqué, cher journal. Shienn’Mirã m’a manqué. Et la « pièce » m’a obsédé…

A ce soir, cher journal…


Aur’Quadradi de Avré 387 UC, le soir

ELLE NE M’EN VEUT PAS ! Elle ne me prend pas pour un abruti ! Au contraire, le fait de n’avoir pas que pensé à lui faire l’amour l’a conforté dans ses sentiments à mon égard ! Sans compter que mon acte « chevaleresque » pour lui éviter de se faire prendre me vaut non seulement son admiration, mais aussi celle de ses copines. Et mes potes sont morts de jalousie !

En plus, je dois affronter la gloire d’avoir été à « la Ferme »… Je suis un voyou, un dur… Comprends-tu, cher journal, pourquoi j’ai parfois de la peine à m’entendre avec mes compagnons ? Toujours ce concours de celui « qui a la plus grosse »… Pfff.

Là où j’ai moins ri, c’est quand j’ai dû faire face à Sir Gonza’ghul et à sa déception. J’en ai presque mauvaise conscience. Je l’aime bien, et j’ai presque failli lui poser la question pour « la pièce », mais une attitude en lui m’a retenu de lui en parler. Peut-être une autre fois, mais son air suspicieux quand il m’a demandé ce que je faisais aux archives et son air sceptique face à mon mensonge ne m’y poussent pas.

Cette pièce… Je t’en ai parlé ce matin, cher journal. Je me suis longuement posé la question. Que peut-elle cacher… ? Et j’ai eu soudain une idée. Il s’agit de la bibliothèque où sont rangés les ouvrages interdits, qu’il s’agisse de ceux datant d’avant le cataclysme ou de ceux confisqués ensuite, car traitant de sujets risquant de mettre la survie de l’humanité en péril. Cela ne se fait pas sans concession de mettre toute une civilisation sub-terrestre dans les sous-sols de cette planète à la surface gâtée…

Te rends-tu comptes, ô mon cher journal, que rien que ces quelques lignes te feraient censurer et te classeraient dans cette bibliothèque secrète, alors que je serais condamné à quitter les Grottes et à devoir rejoindre l’Extérieur ? Aurais-je le courage de t’abandonner dans un couloir, signant du coup mon bannissement ? Oui, assurément… S’il n’y avait pas Shienn’Mirã…

D’ailleurs elle aimerait que je lui parle de ce que je cherchais l’autre jour. Je suis partagé entre le désir de lui expliquer mes suspicions quand à la pièce secrète et lui dire que j’avais cru voir quelque chose, mais qu’il n’en était rien, pour sa propre tranquillité. En effet, si une caverne est dissimulée là, il ne fera pas bon être de ceux qui la mettront au jour, et je ne veux pas lui attirer d’ennui.

Bon, il est l’heure de dormir. A demain, cher journal…


Aur’Pentadi de Avré 387 UC

J’ai pris des dispositions. J’ai parlé avec Shienn’Mirã et c’est elle qui m’a décidé. Je me demande toujours ce qu’elle peut bien autant apprécier en moi, mais je ne suis pas sot. Je profite de chaque moment passé avec elle comme si c’était le dernier. Mon premier amour… Mon seul amour. Est-ce que cela pourrait se terminer un jour ? Je prie que non. Je n’en aimerai jamais d’autre.

Demain, je provoquerai une bagarre. Dans ces cas là, les protagonistes sont toujours séparés et emmenés chez le proviseur. C’est à ce moment là, alors qu’il discutera avec ma « victime », que je tenterai le tout pour le tout.

Savoir ce que renferme cette pièce est ce qui importe, maintenant. J’ai perdu espoir de trouver un passage discret afin de m’y rendre en cachette. Me prouver qu’elle existe, quoi qu’il en coûte. De toute manière, à part « la Ferme » ou, au pire, le renvoi dans des classes de niveau F, je ne risque pas grand-chose…

Sais-tu, cher journal, ce qui me fait le plus peur ? Que le gars avec qui je vais me battre me fasse trop mal. Je me demande si, suivant la trempe que je vais me prendre, je ne serai pas tout bonnement incapable de me bouger pour trouver ce foutu passage. Suis-je lâche d’avoir ainsi peur de me bagarrer ? Suis-je courageux de tenter de percer le secret de cette pièce ? Suis-je tout simplement trop bête pour ne pas pouvoir cesser de me poser des questions et simplement profiter d’être le plus possible avec Shienn’Mirã ?

M’aimerait-elle si je ne n’étais pas moi-même ?

Et toi, cher journal… Que te raconterais-je, si j’étais comme les autres, à suivre les yeux fermés le courant du tumultueux torrent de la vie ?

A demain, mon cher journal, avec peut-être des réponses… Le meilleur de moi est en toi… Garde-le précieusement, mon cher journal…


Zen’Terdi de Avré 387 UC

Bonjour, Journal de Jhal’arl qui me manque…

Sept jours… Comme une semaine de « ceux-qui-vivaient- dehors », si j’ai bien tout lu et compris. Voici Sept jours que Jhal’arl a tenté son « coup »… Et depuis, nul ne l’a revu. Officiellement, il a été renvoyé dans les Antres des classes F. Et moi, Journal de Jhal’arl, je sais que c’est faux… Je sais que c’est à l’Extérieur qu’ils l’ont renvoyé.

J’ai fait ce qu’il m’a dit. Je suis venue vous récupérer, toi et les autres cahiers. Je vous ai sous ma garde, à présent. Et vous êtes tout ce qu’il me reste de lui. Je ne le reverrai pas, et je ne sais comment faire face…

« … Le meilleur de moi est en toi… Garde-le précieusement, mon cher journal… »

Cela a été sa dernière phrase… Donc en te gardant près de moi, c’est un peu de lui qu’il me reste…

Me permettras-tu, Journal de Jhal’arl, lorsque ma peine sera trop forte, de te serrer tendrement contre mon cœur ?


Shienn’Mirã, qui aimera toujours Jhal’arl


FIN
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T
Ca rappelle de bons souvenirs tout ça =)<br /> Et ça nous prouve aussi que notre Sadra est encore en vie :p (contrairement à moi, faudrait que je me remette à écrire oO)<br /> Bonne continuation ara kamas ^^
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